CHAPITRE XV. M
d'erreurs ne consentait à subir la vérité qu'à condition de sauvegarder contre elle tous ses vices. C'était pour les pontifes de Jésus-Christ , pour les âme s saintement impatientes de voir son règne s'établir ici-bas, le sujet d'une vive douleur. Chrysostôme ne caclie pas la sienne à sa chère Ântioche, si croyante et si frivole, et toujours entraînée aux plaisirs bruyants qui la détournent de l'Evangile. L'amphithéâtre, le cirque , le théâtre , entretenaient au milieu des Chrétiens dégénérés la corruption et presque la férocité des mœurs païennes. Le théâtre surtout, depuis que la pantomime l'avait envahi, était la plus affreuse école d'immoralité. Des femmes nues se disputaient sur la scène le prix de l'obscénité *, et ce prix fut une fois l'empire du monde « . C'était là, sans aucun doute, un ancien legs du paganisme. Aussi, tandis que les Pères interdisent aux disciples de 1 Evangile la fréquentation du théâtre comme une apostasie et un retour aux idoles ^ , des sophistes païens * exaltent la mimique comme un art supérieur qui se rattache au culte des dieux et qu'il faut conserver pour le charme de l'esprit et le délassement des honnêtes gens , « qui sait même , pour le bien de la morale , en donnant à ces juges des beautés que la danse met à nu , l'occasion de s'élever au-dessus des passions ^ . » Malheureusement beaucoup de
1 Chrys., t. 7, p. 101, 113, lU, 115; t. 11, p. 464.
^ Théodora , courtisane et comédienne , surpassa toutes ses émules en impudicité, et devint la femme de Tempereur Justinien. {Procopii anecdot.)
5 Chrys. , de Diab. ientatore, t. 2, p. 267. — In Joann. hom, 1 , t. 8, p. 6. |-~ « Etenim illa dœmonia deleclaniur canticis vanitatis , deîectantur nugatorio speclaculo , et turpitudinibus variis iheatrorum, iruaniâ ctm. crudelitate amphiiheatri, certatninibus animosis eorum qui , pro pestileniibus hommibus , lites et conlenttones usque ad inimicitias suscipiunt , promimOy pro hisifione^ pro pantomimo y pro aurigâ , pro venatore. Ma facienlesy quasi Ihura ponunl dœmoniis de cordibus suis. » (S. Aug., serm. 198, t. 5,p.y08.)
^ Liban., pro Sallat.
5 Wallon, Hisl. de Tescl., t. 3, p. 3>2.
518 S. JEAN GHRYSOSTOME.
Chrétiens pensaient comme ces sophistes. Le pubUc des thé&tres ne se composait guère que de Chrétiens > . On sacrifiait tout à ces plaisirs dépravés ^ . Ni la voix des pasteurs , ni le cri du devoir , ni les malheurs de Tinvasion , ni la détresse générale , rien ne pouvait tempérer cette soif fiévreuse et impie ^ . Jean réfute avec une douleur indignée les sophismes mis en avant pour justifier des divertissements coupables qui détournent des saintes joies de la famille * , outragent la femme et la nature b, où tout, d'ailleurs, est combiné avec un art infernal pour enivrer les sens et pervertir les cœurs « . Comme S . A ugustin , comme S . A mhroise ^ , à Ces spectacles corrupteurs il en oppose d'autres : les chants sacrés, les fêtes des martyrs, les scènes sublimes de nos mystères , les grandes beautés de la nature , la vue si touchante de» misères du pauvre soulagées par la charité » .
Citons encore :
« Je pense , disait-il en commençant une de ses homélies à la Palée , je pense que beaucoup , parmi ceux qui nous avaient abandonné l'autre jour pour courir aux spectacles de l'iniquité, sont présents aujourd'hui. Je voudrais bien les connaître afin de les exclure de l'enceinte sacrée, non pour les laisser dehors à jamais , mais pour qu'ils y rentrent plus tard corrigés. Souvent les désordres d'un fils obligent son père à l'écarter de sa table , de sa demeure , pour quelque temps du moins, et jusqu'à ce que, rendu meilleur par cette correction , il puisse reprendre honorablement sa place
* s. Aug., serm. 88, n. 17, t. 5, p. i78.
2 S.Aug., m ps. 80, n. 2, t. i. p. 859, et t. 5, p. 282. — Chrjs , t. 6, p. 272; t. 7,fp. 99; t. 8, p. 342. — Salv., 1.6, n. 7.
* SaW., 1.6, n. 12,
* Chrys., 1.6, p. 275 ; t. 4, p. 770.
* Chrys., in Math. hom. 37, t. 7, p. i22. — 76. , p. 113, 114 et suiv. » Chrys. , t. 7, p. 421 , 202 ; t. 4 , p. 41 ; t. 8, p. 6.
' s. Aug., t. 5, p. 282; t. 5, tract, 7 in Joan,, n. 6 ; t. 4 , in ps, 147, n. 8. —Voir la note C à la fin du volume. 8 Chrys., in Joon, hom. 60, t. 8, p. 358.