‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 248 sur 282 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

dans la famille. Ainsi encore font les bergers quand ils séparent des brebis saines les brebis galeuses , de peur que la maladie de quelques-unes n'infecte toutes les autres. C'est pourquoi j'eusse désiré connaître les transgresseurs ; mais si mes yeux ne peuvent les discerner, ma parole peut les atteindre, saisir leur conscience, et leur persuader de sortir volontairement d'un lieu où ceux-là seuls doivent rester qui y portent un esprit digne des saints exercices auxquels on s'y livre.... Mais, dira-t-on, quel si grand crime ont-ils commis pour leur interdire l'église? Et moi je dis : Quel crime plus grand que le leur, lorsque , souillés comme ils le sont d'adultère, ils osent se précipiter sans pudeur, et comme des chiens enragés, vers cette table sainte! Si vous voulez savoir quel est ce genre d'adultère que je leur reproche, écoutez des paroles qui ne sont pas de moi , mais de celui qui jugera la vie entière de l'homme : Quiconqtie, dit Jésus- Christ , regarde une femme avec un mauvais désir, a déjà commis l'adultère dans son cœur » . Mais , si une femme rencontrée par hasard et mise sans prétention a souvent, par sa seule vue , allumé la passion dans l'âme d'un homme qui la regarde indiscrètement; des hommes qui assistent aux spectacles, non par hasard, mais avec empressement et tant d'empressement qu'ils quittent l'église pour courir là ; qui y passent des journées entières , les yeux attachés sur des femmes méprisables, de quel front pourront-ils dire qu'ils les ont regardées sans un mauvais désir ? Comment le dire, quand tout, dans ces assemblées, provoque les mauvais désirs : les voix langoureuses , les chants obscènes , les paroles lascives , les couleurs empruntées pour relever l'éclat des yeux et du visage , la forme et la recherche des vêtements , le prestige des poses et des attitudes , et mille manœuvres mises en jeu pour séduire les spectateurs?

» Math. 5. 28.

Ajoutez la confusioD et la mauvaise tenue de ceux-ci , le lieu même qui invite à la volupté , tout ce qu'on entend avant que ces femmes paraissent et après qu'elles ont paru; ajoutez le son des instruments de diverses espèces , le charme d'une musique qui amollit l'âme et la dispose à se laisser prendre plus facilement aux pièges des courtisanes. Ici même» où l'on n'entend que des psaumes, des prières , des oracles divins , où règne avec la crainte de Dieu une piété sincère, il arrive souvent au désir coupable de se glisser comme un voleur subtil. Se peut-il qu'au théâtre, des hommes qui ne voient , qui n'entendent rien de bon , qu'entourent toutes sortes de turpitudes et de crimes , qui sont assiégés de tous côtés par les yeux et par les oreilles , triomphent des mauvais désirs ? Et s'ils n'en triomphent pas, comment sont-ils exempts d'adultère? Et s'ils n'en sont pas exempts, comment pourraient-ils, sans avoir fait pénitence, franchir ce seuil sacré , participer à nos saintes réuni(»QS < ? Là où le Saint-Esprit a versé ses parfums, nous apporterions les pompes diaboUques, les fables de Satan, les chants de l'impudicité! Tune trembles pas, homme, de regarder des mêmes yeux ce lit impur où l'on reproduit sur la scène les plus abominables actions , et cette table sainte où s'accomplissent de si redoutables mystères ; d'écouter des mêmes oreilles les infamies qui sortent des lèvres de la prostituée , et la voix du prophète et de l'apôtre t'initiant aux secrets de nos livres ; de recevoir dans le même cœur les mortels poisons du vice , et cette hostie auguste qui commande un si profond respect ! N'est-ce pas de là que viennent le renversement de la vie , les profanations du mariage , les dissensions domestiques? Quand tu sors de ces lieux , affaibli , amolli , les sens émus , devenu l'ennemi de toute pudeur, et que tu rentres chez toi , ta femme , quelle qu'elle soit ,

4 Chrys., de David, et SaiU,, hom. 3 , t. 4 , p. 768 et suit.

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