CHAPITRE XY
te paraîtra sans agrément. Brûlant de cette flamme allumée au théâtre , épris des charmes étrangers qui font tourné la tête, tu dédaigneras la chaste et modeste compagne de ta vie, tu l'accableras d'injures, non qu'elle mérite le moindre reproche , mais parce que , n'osant avouer le mal intime qui te ronge , la blessure reçue ailleurs , tu cherches toutes les occasions , tous les prétextes de quereller tout ce qui t'entoure. En proie à cette passion dévorante , le cœur plein de cette voix , de ce regard , de ces traits , de cette pose , de toutes ces images enivrantes , lu ne trouveras rien dans ta maison qui ne te déplaise. Que sera-ce de l'église, où tu n'entends parler que de modestie et de vertu? Tout ce qu'on dit là sonne à tes oreilles , non comme un enseignement , mais comme une accusation , te fatigue , te pousse au désespoir, et tu finiras par rompre avec celte grande disciphne instituée pour le bonheur de tous * . . . .
• Quel est donc tout ce bruit? Quels sont ces cris et ces attitudes sataniques? Là , un jeune homme , les cheveux rejetés en arrière , efféminé sa viriUté par les vêtements , la tenue , la démarche , et se donne les airs et l'apparence d'une jeune fille ; là, un vieillard, les reins ceints, les cheveux rasés, l'âme dépouillée de tout sentiment honnête plus que la tête de cheveux , se tient debout pour recevoir des soufflets, prêt à tout dire, à tout faire ; là, des femmes, la tête découverte, toute pudeur mise sous les pieds, parlent au peuple et n'ont en vue que de verser dans le cœur des autres leur propre corruption , d'y détruire jusqu'au dernier vestige de chasteté , d'outrager la nature , de satisfaire le démon dans ses désirs les plus affreux ; là , les propos obscènes » les gestes ridicules , la chevelure , les costumes, les pas, la mollesse des poses, les regards, la voix, la musique, le sujet mis en scène, tout respire l'impudicité.
1 Cfarys.) hom. 3, de Davtd» et Saul.f t. 4 , p. 770.
De quel côté te tourneras-tu , sans rencontrer la main de Tennemi qui présente à tes lèvres la coupe des voluptés criminelles? Car il n'est question là que de fornications, d'adultères, de femmes prostituées, de jeunes gens efFé* minés, de débauches contre nature , d'infamies indicibles, d'iniquités monstrueuses : toutes choses qui devraient faire , non rire , mais gémir et pleurer. — Quoi ! me direz-vous , faut-il fermer les théâtres et , par ton ordre, renverser tout?
— Certes, tout est renversé maintenant; mais* ceux qui déshonorent la couche de leurs frères, ceux qui rendent leurs épouses malheureuses , d'où viennent-ils , si ce n'est du théâtre ? S'il y a tant de femmes dédaignées par leurs maris, tant de maris infidèles, d'où cela vient-il, si ce n'est du théâtre? C'est la fréquentation du théâtre qui perd tout.
— Non , dites-vous ; car des lois sages l'ont établi , et ravir des femmes, outrager des enfants, abattre des maisons, c'est le propre de ceux qui prennent les villes d'assaut i . Qui donc ces spectacles ont -ils rendu adultère? — Et moi, je dis : Qui n'ont-ils pas rendu adultère? S'il m'était permis de citer des noms , vous verriez combien ces plaisirs indignes ont enlevé de maris à leurs femmes , combien ces courtisanes si applaudies ont entraîné et perdu d'hommes , les uns détournés du lit conjugal , les autres du mariage! Non, proscrire le théâtre ce n'est pas renverser les lois, c'est mettre un terme aux transgressions des lois ; car, enfin, s'il y a des émeutes, des séditions, des troubles funestes aux cités , le théâtre en est le foyer. Ceux qu'il nourrit , ceux qui vendent leur voix pour manger, qui n'ont d'autre tâche que de crier et de faire les choses les plus absurdes , voilà ceux qui excitent le peuple et le poussent au désordre. C'esl là qu'une jeunesse désœuvrée contracte des habitudes tumultueuses qui la rendent plus difficile à conduire qu'une béte
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