CHAPITRE XV
féroce ; là , que de misérables charlatans exploitent la paresse du peuple, s'enrichissent à ses dépens, et que de viles courtisanes font négliger les femmes honnêtes ; de là que viennent, avec Timpudicité, tous les maux qu'elle engendre. Ne le \^is-tu pas? Cest ta passion pour ces spectacles qui est une cause de désordre et de renversement : cette cause, je pense quil faut la détruire. — Détruire le théâtre! répliques-tu. — Et plût à Dieu que je le pusse! Cependant je ne vais pas si loin : qu'il subsiste , pourvu que vous n'y alliez pas; ce sera plus beau que de le détruire. Imitez, sinon de plus nobles exom[)lcs , au moins les barbares, à qui la turpitude de ces spectacles est inconnue. Quelle excuse apporter, nous , les citoyens des cieux , les collègues des anges, aftihcs au chœur des chérubins, si nous nous montrons en cela inférieurs à des barbares , quand d ailleurs il nous est facile de nous procurer mille jouissances plus grandes que celles-là? Si tu ne cherches que le délassement de l'esprit , n'as-tu pas la campagne , et le fleuve , et les lacs? Contemple la beauté des jardins, écoute le chant des cigales, visite les tombeaux des martyrs, où tu puiseras les biens de l'âme avec la santé du corps. De tels spectacles ne laissent après eux ni dommage ni repentir. Tu as ta femme et tes enfants : quel plaisir est comparable à celui-là? Tu as ta maison et tes amis : voilà d'agréables choses et qui portent avec elles de grands avantages. Pour l'homme qui veut être chaste, quoi de plus doux que ses enfants, de plus aimable que sa femme ? On attribue à un barbare un mot plein de sens. Entendant parler de ces impurs théâtres et de leurs funestes plaisirs : « Les Romains , s'écria-t-il , n'ont donc ni femmes ni enfants pour avoir inventé de pareils divertissements < ! »
Une autre fois , exphquant le second chapitre de saint
1 Chrys. » hom. 37 m Math,, t. 7, p. 428 et tuiv.
Mathieu , après avoir développé , avec le charme ordinaire de son langage , le merveilleux et louchant récit de Farrivée des mages à Bethléem , Jean s'écrie : « Qui donc parmi vous, vous qui avez reçu tant de bienfaits de Jésus -Christ , a entrepris pour lui un si long voyage?.... Et que parlé-je de voyage ? Il y a chez nous des femmes tellement délicates , qu'elles ne traverseraient pas la rue pour aller voir le Sauveur dans sa crèche , si elles n étaient traînées par des mules. Que d'hommes ayant bien la force de^e promener préfèrent les embarras des affaires et les théâtres à nos saintes réunions ! Des barbares , avant de voir Jésus-Christ , firent un long chemin ; toi, même après lavoir vu, tu ne les imites pas : tu Tas vu , et tu labandonnes pour courir à un mime ! J'insisterai de nouveau sur ce sujet. Tu laisses le Christ couché dans son étable , pour aller voir des femmes sur la scène : quelles foudres ne mérite pas une telle conduite ! Si quelqu'un te promettait de t'introduire dans le palais impérial et de te montrer l'empereur sur son trône , je te le demande , préfèrerais-tu le théâtre à ce spectacle, en supposant même que tu n'eusses aucun avantage à en espérer ? Ëh bien ! voilà ici , aux pieds de cette table sacrée, une source jailUssante de feu spirituel; et tu la dédaignes , et tu cours au théâtre voir des femmes nager, tandis que Jésus-Christ demeure abandonné auprès de la source. Il est là, en effet, parlant, non plus à la Samaritaine, mais à la cité toute entière: que dis -je? maintenant aussi , il ne parle guère qu'à la Samaritaine. A peine quelques-uns l'entourent, encore leur corps seul est ici; les autres ne sont pas même présents de corps. Lui, cependant, ne s'en va pas : il demeure, nous demandant à boire , non pas l'eau , mais la sainteté ; car aux Saints il donne les choses saintes, et ce n'est pas l'eau qu'il nous offre ici, mais son sang vivant, symbole de mort et principe de vie. Et toi, tu laisses la fontaine de sang,