CHAPITRE II
renoavela la loi de Constance , qai défendait sous peine de mort les pratiques magiques et les sacrifices nocturnes. Et néanmoins , malgré ces mesures et d'autres j le paganisme abattu conservait de nombreux adeptes. Les camps^nes s'obstinaient à lui être fidèles. En Orient, le feu sacré brûlait toujours dans les temples , et les fêtes d'Apollon , les mystères de Cérès étaient célébrés pompeusement sur les places publiques ^ . Sous le règne même des fils de Théodose, le fanatisme de l'idoUtrie fit encore des martyrs.
Au moment où Valentinien arrivait au pouvoir, Chrysostôme atteignait sa vingtième année. L'aube de son talent commençait à poindre. Saintement fière de sa mission, Antbusa voyait avec bonheur les brillantes dispositions de son fils se caractériser tous les jours davantage, et se croyait déjà trop récompensée de ses maternelles sollicitudes. Mais le jour était venu où , par une application plus spéciale à la philosophie et à l'éloquence , il devait se préparer au barreau , qui menait , alors plus que jamais , à toutes les positions élevées. Pour cela, il n'eut pas à chercher au loin , comme S. Basile et S. Grégoire , des maîtres qu'il avait sous la main. Antioche était une ville de lettres et de sciences autant que de plaisir, une espèce d'Athènes asiatique. Les rhéteurs et les philosophes y abondaient. Mais dans ce moment ,* Libanius les éclipsait tous par sa réputation de sagesse et de beau parler.
Né presque en même temps qu'Ausonne et Thémistius , il appartenait à cette classe d'hommes qui, sous le nom encore honoré de sophistes , avaient une importance supérieure à leur mérite. Ausonne, de professeur de belleslettres à Bordeaux , était devenu comte , préfet de la Gaule, et enfin consul. Thémistius fut préfet et sénateur de la ville impériale, et jouit à la cour, sous les princes les plus
1 Théod. ,1. 3,c. 16.
48 S. JEAN GHRYSOSTOME.
divers, d'un crédit sans égal : Constance lui avait érigé une statae à Constantinople. Yictorin, converti plas tard au Christianisme , obtint à Rome le même honneur. Julien professait pour Maxime un profond respect , et appelsût aux premières dignités de Fempire Libanius qui n'en voulait pas. Eugène y grammairien à Vienne, ne fut-il pas porté, pour son malheur, de sa modeste chaire au trône des Césars?
Après avoir professé avec éclat à Niqomédie et à Constantinople , où il avait eu S. Basile pour disciple , Libanius était rentré à Antioche , sa ville natale , et y faisait , par son bel esprit , les délices de ses compatriotes. Esprit étroit et rétrograde, écrivain prétentieux et obscur, païen avant tout , et , au dire de Chrysostôme , le plus superstitieux des païens > , c'était un de ces hommes qui , le dos tourné à l'avenir, prosternés devant les ruines, mesurent à leurs chétives pensées les desseins de la Providence, et veulent que le monde soit immobile , parce qu'ils ne peuvent marcher. Julien élevé au pouvoir, il crut tous ses vœux accomplis, et le polythéisme réintégré à jamais dans son ancienne puissance. Le prince apostat le prit pour collaborateur dans ses écrits contre les chrétiens. Quand la mort de celui-ci eut détruit-ses illusions , il voulut d'abord se percer de son épée ; mais il se résolut à vivre pour célébrer la mémoire de son empereur, et demander grâce pour ses dieux. Du reste, s'il loua Julien, il avait loué Constance, et son encens brûla plus tard pour Théodose. On cite de lui des traits qui l'honorent. Julien , dans un accès de courroux, ayant voulu sévir contre le sénat d' Antioche , Libanius intervint en faveur de ses compatriotes avec une grande liberté de parole. Sur quoi, l'un des courtisans lui faisant observer qu* il était bien près de l'Oronte pour parler ainsi : Vos
> Chrys. « ad vtd. jim. » 1. 1 , p. 840.