CHAPITRE IL
menaces, répondit-il, ne sont propres qu'à déshonorer le prince dont vous voulez relever la puissance.
Comme S. Grégoire fut lié d'amitié avec Thémistius, tout païen qu'il était, S. Basile conserva toujours d'excellentes relations avec son ancien maître, et celui-ci ne cessa de professer respect et admiration pour son illustre disciple. Libanius adresse ses œuvres à Basile, et Basile adresse des élèves à Libanius ^ ; et quand le sophiste païen apprend que celui dont il goûtait si fort le talent vient de renoncer au monde , il n'hésite pas à lui écrire : « Tu n'étais encore qu'un jeune homme , que déjà je te vénérais , à cause de la gravité de tes mœurs digne de la sagesse des vieillards , et cela dans une ville où tant de pièges sont tendus à la vertu ! Et maintenant que te sachant rentré dans ton pays, je me disais : Ya-t-il se livrer au barreau? préfere-t-il l'enseignement? voilà qu'on m'annonce que tu as pris une route meilleure , et que tu cherches plutôt à devenir l'ami de Dieu qu'à gagner de l'argent. Je félicite les Cappadociens et toi; toi, d'avoir pris un parti si beau ; eux , d'avoir pour compatriote un si grand homme > . »
Jean suivit donc les leçons d'éloquence de Libanius, en même temps que les leçons de philosophie d'Andragathius 3, personnage célèbre en ce temps-là, qui n'a laissé d'autre trace que son nom conservé dans l'histoire de Chrysostôme. L'ancien ami de Julien se prit bientôt d'une vive admiration [jour le fils d'Anthusa. « Il vit avec inquiétude, dit M. Villemain , mais sans jalousie , s'élever près de lui ce dangereux adversaire de son culte. Peut-être, ajoute l'éminent écrivain , espérait-il encore le séduire au paganisme par la vertu de ces fables d'Homère, qu'il interprétait éloquemment à
1 Bat. , qiùL 142, epû/, 160.
3 Id. » epist, Ua. — Till. , t. 9 , p. 23 et 659.
' Pall.» dial., c. 5. — Socrai., I. 3 , c. 6. — Sozom., I. 8 , c. '2.
SO s. JEAN GHRYSOSTOME.
ses disciples ^ « En tout cas , son espoir fut bientôt déçu , et il est probable qu'au moment où il s'en bergait le plus , Jean se promettait déjà de consacrer à la gloire de Jésus- Christ cette science et cette éloquence > , qu'il travaillait à acquérir sous un ennemi de Jésus-Christ. L'estime du maître pour l'élève ne souffrit pas de cette déception. L'obstiné polythéiste déplora ce qu*il croyait être un vol fait aux muses et aux dieux ; mais il ne cessa d'admirer et de louer un talent qu'avec douleur il voyait passer sous un drapeau détesté. Plus tard , sur son lit de mort, pressé de désigner lui-même son successeur : « Je n'en voudrais pas d'autre que Jean , s'écria-t-il , si les chrétiens ne nous l'avaient ravi par un sacrilège 3. »
Toutefois , le jeune orateur ne s'éloignait de l'école du vieux sophiste que pour entrer au barreau , où le poussaient l'usage du temps et la plus légitime ambition. S. Ambroise, S. Paulin, S. Sulpice Sévère payèrent aussi leur tribut au barreau, et généralement c'était le théâtre où venaient se produire et s'éprouver tous les talents , l'indispensable préparation à toutes les fonctions publiques. Jean y fit ses débuts avec éclat ^ , sans que l'étude des lois le détournât du culte des lettres. Il pubUa, vers cette époque , ce qu'on appelait alors une déclamation , c'est-à-dire un discours académique , en l'honneur de jeunes princes > . Libanius goûta ce travail , et se hâta de féliciter l'auteur dans une lettre que S. Isidore nous a conservée. « J'ai reçu , lui écrit-il , ton grand et beau discours , et je l'ai lu à des connaisseurs. Tous trépignaient, se récriaient, faisaient éclater en toutes manières leur vive admiration. Je suis ravi qu'aux travaux du forum tu joignes ceux des
1 Vni , éloq. chrét. au w^ siècle y édit. de 1855, p. 150.
2 Chrys., de 5accr(/., 1. 2 , c. 1. — Socr. , 1. 6, c. 3. — Sozom.,1. 8, c. 2. s Sozom. , I. 8, c. 2.
4 Voir la note /? i la fin du Tolumc. ^ Voir la note C à la fin du volume.