‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 254 sur 282 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

leur âme pour ces vains ajustements.... Quoi ! vous mettez sur votre personne dix mille- talents, et un membre de Jésus-Christ manque de la nourriture nécessaire ! Le Maître commun de tous , et du ciel et de ce qui est au ciel , a préparé pour vous une table spirituelle ; et vous , plutôt que de partager avec lui des biens périssables , vous préférez garder ces chaînes pesantes ! De-là, des maux sans nombre ; de-là , la jalousie ; de-là , Tinfidélité , lorsqu'au lieu de porter votre époux à la modestie , vous Thabituez à aimer la toilette des courtisanes, à ne plus redouter leurs pièges. Si vous lui aviez appris à dédaigner tout cela , à goûter la chasteté , Thumilité , la piété , il céderait moins vite à Tattrait du crime. La prostituée peut se couvrir d'or et de diamants, vous seule pouvez vous parer de vertus. Accoutumez-donc votre mari à aimer en vous ce qu'il ne trouvera jamais dans ses femmes perdues , et dépouillez au plus tôt ces vanités. Alors il jouira d'une entière sécurité, vous serez entourée de respects, et les hommes vous admireront autant que Dieu vous sera propice « . . . . Je vous en supplie , laissez ces dissimulations et ces feintes au théâtre. On ne se rit pas de Dieu. Ce luxe théâtral n'est fait que pour les comédiennes et les danseuses; il ne convient pas à une femme honnête , dont la plus belle parure doit -être la modestie. Pourquoi imiter de malheureuses créatures qui ne songent qu'à attirer les hommes dans leurs filets?.... L'apôtre qui rejette For et les perles, repousse plus encore l'art détestable de se peindre les joues et les yeux , et d'affecter cette démarche si molle , ces sons de voix si langoureux , ces regards si lascifs 2 .... »

Plus vivement encore , le saint orateur poursuit de ses invectives les toilettes ridicules des hommes. « Je crains , s'écrie-t-il , que peu à peu nos jeunes gens n'adoptent la

* Chrys., m Bfath. hom. 89, p. 836 et suiv.

« Chrys., in I. ad Timoth. hom, 8, t. il, p. 590.

chaussure des femmes, et cela sans rougir ! . • . Les pères sont témoins des folies de leurs fils, et au lieu d'en être indignés, ils voient tout cela d'un œil d'indifférence. Youlez-vous quelque chose de plus grave ? Ces vanités , on les déploie au moment même où une foule de gens sont écrasés par la misère . Faut-il produire ici le Christ affamé , nu , chaîné de fers ? Quels anathèmes ne méritez-vous pas quand vous le laissez manquer de pain , et que vous ornez avec tant de soin le cuir de vos souliers?... Quoi de plus absurde ! Quoi de plus ridicule ! . . . C'est bien la preuve d'un homme efféminé , cruel , frivole , du plus vain des hommes. De quelle chose sérieuse est-il capable, celui qui s'applique à de telles futilités ? Peut-il penser à son âme , se souvenir même qu'il en a une?... Celui qui met tout son esprit à considérer la beauté de ces fils , la couleur de ces fleurs , la finesse de cette broderie, aura-t-il un regard vers le ciel? Saura-t-il admirer cette splendeur d'en-haut , celui qui , courbé vers la terre , admire tout le jour l'éclat des peaux qui enveloppent ses pieds ? Dieu déploie le firmament sur ta tête , il allume le soleil , il appelle en haut tes regards; et toi, faisant violence à ta nature , tu ne regardes qu'en bas à l'instar des pourceaux , et tu te plais à obéir au démon ; car c'est lui, cet esprit mauvais, qui a inventé toutes ces vanités indécentes pour te détourner de la céleste beauté et

t'incliner vers la terre Ainsi, un jeune homme s'en va

à travers les rues , plus occupé de ses pieds que de nobles pensées , plus fier d'être bien chaussé que de bien vivre , effleurant à peine le sol de ses pas , et tremblant qu'un peu de boue l'hiver, un peu de poussière l'été , ne ternisse l'éclat de sa chaussure. . . Homme , dis-moi , as-tu , au moyen de ce luxe absurde, jeté ton âme dans la boue? Faut-il l'y laisser avec dédain pour ne songer qu'à tes souliers ? Ceux-<^i , jusqu'à présent , étaient faits pour fouler la poussière et la boue ; mais puisque tu ne peux te faire à cette

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