‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 256 sur 282 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Comme des fontaines sont établies près des lieux consacrés à la prière pour l'ablution des mains que Ton va tendre vers le ciel ; ainsi , disait Chrysostôme , les pauvres sont placés près de la porte des églises afin de purifier nos âmes par laumône avant de nous adresser à Dieu « . »

Mais la pitié du saint orateur pour les délaissements de l'infortune n'abrita jamais les vices de l'indigence. Il puisait à la même source , dans son ardente charité, ses anathèmes contre l'abus de la richesse, et ceux contre la fainéantise et les désordres qu'elle engendre. Avec quelle indignation mêlée de dégoût il signale les honteuses industries, les infâmes pratiques de ces misérables , qui recouraient à la prestidigitation, aux tours de force, aux chants obscènes pour arracher à la stupide curiosité des passants ce qu'ils n'obtenaient pas de la charité , ou , pour mieux exploiter celleci, Jouaient le désespoir, se meurtrissaient la tête, se mettaient le visage en sang, et, chose horrible à penser! mutilaient leurs propres enfants , leur crevaient les yeux ^. Il n'a pas plus de complaisance pour la grossière illusion de quelques riches qui pensaient légitimer une fortune mal acquise en faisant , pour ainsi dire , la part de l'autel au moyen d'un don plus ou moins fastueux, comme si Ton pouvait corrompre Dieu avec un peu d'or et lui extorquer le ciel pour un pot-de-vin.

• Non , disait-il , ne croyez pas que vous avez assez fait pour votre salut, quand, après avoir dépouillé la veuve et l'orphelin , vous apportez à cette table sacrée une coupe d'or enrichie de pierreries. Si tu veux honorer le sacrifice du Christ , offre ton âme pour laquelle le Christ s'est immolé: fais qu'elle soit d*or; car, si elle vaut moins que le plomb ou l'argile , à quoi te sert ta coupe d'or? Songeons , non pas à la magnificence des objets que nous

« Chrys., t. 3, p. 289.

^ Chrys., t. 10, p. 187; l. 11, p. 3 el 5Ô6.

donnons , mais à la source d'où ils proviennent. Ceux-là sont plus précieux que For, qui ne sont le fruit ni de Favarice ni de la rapine. L'église n'est pas une boutique d'orfèvrerie, mais l'assemblée des anges. Ce sont vos .âmes qu'il faut y porter, et Dieu n'admet le reste qu'à cause de vos âmes. Elle n'était pas d'argent la table de Jésus-Christ; il n'était pas d'or le calice où il donna son sang à boire à ses disciples ; et cependant , comme tout cela était précieux et vénérable , parce que tout cela était plein de res|;)rit de Dieu ! Veux-tu honorer le corps du Seigneur, ne le méprise pas quand il est nu. Après l'avoir décoré ici d'étoiïes de soie , ne le laisse pas transir de froid dans la rue ; car celui qui a dit : Ceci esi mon corps. . . ., a dit aussi : Voiis m'avez vu ayant faim, et vous ne m* avez pas donné à manger; ce que vous avez refusé à un seul de ces malheureux , c'est à moi que vous Vavez refusé ^. Certes, ce n'est pas sur Tautel que son corps a besoin de vêtements , mais dans la personne des pauvres ^ . »

Estril besoin d'en faire la remarque? L'intention de Jean , dans ce qui précède , n'est pas de rabaisser la majesté du culte divin , d'en réprouver les pompes augustes. Il ne repousse que le vol fait à la charité par l'orgueil , sous le masque de la piété. Ecoutons , en effet, ce qu'il ajoute :

« Si je parle ainsi, ce n'est pas que je prohibe les dons pieux faits au sanctuaire , mais je demande qu'avec eux et avant eux le devoir de l'aumône soit accompli. Dieu accepte ceux-là , mais surtout celle-ci ... Les uns peuvent être un sujet d'ostentation ; dans l'autre il n'y a que bonté et charité. Quel avantage, d'ailleurs, que la table de Jésus-Christ soit chaînée de calices d'or , si lui-môme est en proie à la faim ? Apaise d'abord le cri de ses entrailles ; puis , de la surabondance de l'aumôna , tu pareras son autel. Tu lui

> Malh., 25, 42.

3 Cbryt., hwn, 60 in Math,, t. 7, p. 618.

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