‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 257 sur 282 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

donnes un calice d'or, et tu lui refuses un verre d'eau ! Qu'est-il besoin de suspendre à sa table des voiles brodés d'or, et de le laisser, lui, sans le vêtement nécessaire? Dismoi , si tu voyais un malheureux manquer de pain, et que, sans songer à ses besoins, tu te bornasses à couvrir d'or une table placée devant lui , te rendrait-il des actions de grâces ou s'indignerait-il contre toi? Ou, si tu le voyais avec des vêtements en lambeaux , tremblant de froid , et qu'au lieu de le vêtir, tu ne fusses occupé qu'à dresser en son honneur des colonnes d'or, le prendrait il pour autre chose que pour une insulte à sa misère? Fais la même réflexion par rapport à Jésus -Christ. 11 est sans asile, sans toit; et tandis que tu lui refuses l'hospitalité , tu décores le pavé du temple, et ses murailles, et les chapiteaux des colonnes ! Captif, tu dédaignes de le visiter dans sa prison, et tu suspens à des chaînes d'argent les lampes du sanctuaire ! Non, je ne condamne pas l'emploi de ces ornements, mais je veux que les soins de la charité marchent avec eux et même l'emportent sur eux. Nul, en effet, n'a été condamné pour avoir négligé les uns ; à celui qui néglige les autres , Dieu réserve la géhenne , le feu inextinguible , le supplice avec les démons. Garde-toi donc, décorant la maison du Seigneur, d'oublier ton frère dans l'infortune ; carie temple vivant est plus précieux que le temple de pierres. Des rois infidèles, des tyrans^ des voleurs peuvent dépouiller j[ce dernier ; mais ce qu'on fait avec charité pour son frère nu , sans pain , sans asile , le démon lui-même ne saurait le ravir * . »

Ainsi , toute contradiction à la charité , quel qu'en fût le motif ou le prétexte, était pour Jean une douleur. Mais qu'il devait souffrir, en voyant tant d'obstacles debout sur la route de l'Évangile et tous les désordres contre

1 Chr^t., in Math. hom. 50, t. 7, p 5l8.

lesquels son âme et sa voix se brisaient tous les jours ! Lui , qui a de si beaux accents pour célébrer les triomphes de la foi , tombe par moments dans de profondes tristesses et pousse des cris d'épouvante : Jérémie n'a pas de plus sombres lamentations.

« Si quelqu'un , dit- il, embrassait du regard, comme du plus haut gradin du théâtre, la scène entière du monde,

— que dis-jeî ne considérons , s'il vous plaît, que la ville;

— si donc un homme voyait d'un poste élevé ce qui se passe parmi les hommes, quelles sottises il découvrait! quelles larmes il verserait ! comme il éclaterait de rire ! quelle haine s'allumerait dans son cœur! Et que faisonsnous , en effet , sinon des choses dignes de larmes , de moquerie , de colère , de haine ? Celui-ci élève des chiens pour aller à la chasse des bêtes fauves , et il est arrivé luimême à l'état de bête fauve. Celui-là nourrit des ânes et des taureaux pour charrier des pierres , et il ne s'inquiète pas que des hommes meurent de faim. 11 dépense un argent fou pour donner au marbre les traits de l'homme , et les vrais hommes, il les dédaigne. L'un couvre de lames d'or les murailles dfe sa maison , et il voit la nudité des pauvres sans en être touché. L'autre imagine de nouveaux vêtements pour les ajouter à ses vêtements , tandis qu'à ses côtés son semblable n'a pas de quoi couvrir son corps nu. Au barreau on se mange les uns les autres. Celui-ci dissipe son bien en courtisanes et en parasites , celui-là en mimes et en danseurs; un troisième ne songe qu'à bâtir de splendides édifices; un quatrième, qu'à acheter des (erres et des maisons. Tel s'occupe à supputer les intérêts de son argent et les intérêts des intérêts ; tel note sur ses tablettes des projets de meurtre , et la nuit même il veille pour le mal. Dès l'ôube, chacun reprend son œuvre, qui ses rapines, qui ses débauches, qui ses concussions. Des choses inutiles ou défendues , grand souci ; de celles qui sont néces-

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