‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 258 sur 282 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

saires, point de cas. Les juges ne le sont que de nom ; en réalité , ce sont des voleurs et des assassins. Procès et testaments, tout cela n'est que fraude, trahison, brigandage» La vie des hommes est toute là : des choses spirituelles qui s'en occupe » ? »

On dirait l'acte d'accusation de la société. Cette parole vengeresse n'épargne ni le pouvoir ni le sacerdoce. « Voyez l'étrange renversement. Ceux à qui une vie pure pourrait donner plus de confiance , ont gagné le sommet des montagnes ; ils se sont éloignés de la ville comme d'un pays ennemi , ils se sont arrachés à leur propre corps comme s'il leur était étranger. Au contraire , des hommes pervers , souillés de tous les vices , se sont jetés sur les églises : les dignités sont devenues vénales. De là, des maux infinis. Personne ne réprime les abus, personne ne punit les coupables, mais on a mis un certain ordre dans le désordre. Quelqu'un a-t-il péché , est-il accusé , il ne cherche pas à établir son innocence, mais à trouver des complices de son crime. Et pourtant, il y a un enfer! Croyez-moi, si Dieu n'avait réservé ses vengeances à la vie future , vous verriez tous les jours au miheu de nous des châtiments plus tragiques que toutes les calamités qui ont écrasé la nation juive. Que personne ne se fâche , je ne désigne personne. Si quelqu'un avait reçu le don de lire clairement dans la vie des autres , et qu'entré dans TégUse il eût à se*prononcer sur ceux qui la remplissent en ce moment avec vous , — que dis-je ? en ce moment , — sur tous ceux qui , le jour de Pâques , reçoivent le baptême , il y trouverait des crimes plus grands que ceux des Juifs , des gens qui croient aux augures, aux charmes , aux sortilèges , qui emploient les maléfices , des fornicateurs , des adultères, des médisants, des ivrognes. Je passe sous silence les avares et ceux qui retiennent

A Chryg., m Joun. hom 82, t. 8, p. 487.

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le bien des autres, de pear de blesser quelqu'un ici. Si rhomme doot je parle scrutait les cœurs de tous ceux qui approchent de nos autels dans le monde entier, quelles horreurs ne verrait-il pas? Et pour ne parler que de ceux qui sont à la tête, il les trouverait avides de gain, trafiquant des charges publiques , jaloux , vaniteux , fourbes , mangeurs , esclaves de l'argent. L'impiété étant si grande, quels châtiments n'avons-nous pas à redouter?. . . Ne voyez-vous pas la guerre multiplier ses ravages ? N'entendez-vous pas le cri des malheurs publics? N'est-ce pas assez pour vous instruire? Des cités, des nations entières disparaissent du monde ; des milliers d'hommes libres sont esclaves chez les barbares. Si la crainte de l'enfer ne nous corrige pas, que ces cruels fléaux du moins nous avertissent et nous corrigent. Sont-ce de pures menaces ? Ne sont-ce pas des faits réels ? D'autres ont été gravement punis ; nous le serons plus qu'eux , nous à {qui leurs malheurs n'ont pas servi de leçon > . »

C'était un terrible moment, en effet, une terrible crise de l'humanité. Les champs d'Andrinople fumaient encore ; Yalentinien II venait d'être assassiné ; la guerre civile ajoutait ses horreurs à l'invasion étrangère ; Eugène disputait la pourpre à Théodose sur des monceaux de cadavres ; les Huns se montraient aux frontières ; de nouveaux ennemis, s'abattant chaque jour sur l'empire , l'étreignaient d'un cercle de feu : vagues déferlant sur des vagues , emportant tout dans leur écume sanglante ; l'air était plein de choses sinistres ; les villes s'écroulaient ; le monde branlait sur ses vieux fondements. Ainsi, les cris des barbares, l'incendie des cités, les populations égorgées ou menées en esclavage comme des troupeaux de moutons, les oscillations du sol, le choc des armées, les tempêtes d'hommes et d'éléments mêlaient leur bruit

1 Chryt , hom. 6 in ep. ad Bpku,, t. 11 , p. ii et 46.

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