‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 259 sur 282 · CHAPITRE XV. 54i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. 54i

formidable et lugubre aux accents du saint prêtre ^ et leur donnaient la solennité sombre des terribles Vœ du Prophète. Le sentiment des maux publics , plus profond dans une grande âme , assiégeait de funèbres images la pensée de Chrysostôme. 11 voyait Fempire condamné s'affaisser dans la honte y son agonie insultée par des bandes d'hommes inconnus dont la renommée disait des choses étranges : exécuteurs des hautes justices de Dieu qui les emmenait on ne sait d'où, le Christianisme lui-môme, qui venait porter à la terre la paix et une vie nouvelle , frustré de son but par la criminelle apathie des siens , souillé des vices qu'il reprochait au paganisme, et attirant, lui aussi , les colères du Ciel qu'il devait apaiser par Toblation pure de toutes les vertus. Alors son cœur se serrait, et comme si la dernière heure du monde sonnait à son oreille , il s'écriait :

« Le Seigneur est à nos portes. Nous touchons à la consommation , le monde penche à sa fin. Tout l'annonce , et ces guerres, et ces calamités, et ces tremblements de terre, et la charité qui s'éteint. De même que, pour chacun de nous , il est des signes avant-coureurs du trépas, et que les toits , les murs d'une maison qui va s'écrouler menacent ruine , ainsi de l'univers. La catastrophe approche, et c'est pourquoi tant de maux s'abattent sur lui

Si nous disons que l'an 400 doit être sa dernière année , nous tromperons-nous « ? »

Sans doute, il se trompait, mais avec un grand nombre d'esprits recueillis et sérieux de cette époque agitée et toute pleine de sinistres pressentiments. Comme eux, il sentait le sol trembler sous ses pas , il voyait le flot monter en grondant , des cataractes de sang prêtes à tout noyer , et , derrière les grands nuages qui enveloppaient l'horizon , la

1 Chrys., t. 2, p. 304.

^ Chrys., hom, 34 in /oan., t. 8, p. 200. —Voir aussi hom, 21 inep. adUebr,, i. 12, p. 198.

main de Dieu excitée à la destniction par les crimes da genre humain. Dans la pensée de ces hommes, l'empire et le monde ne faisaient qu'un > . Le Samson romain entraînait l'univers dans sa chute ; mais il tombait sans honneur, il tombait dans une orgie. Car aucun avertissement du Ciel ne profitait à ce peuple frivole et dégradé, auquel l'Évangile lui-même ne pouvait rendre un peu d'énergie , et qui , loin de conjurer le péril par la noblesse de son attitude , n'était occupé que de spectacles et de plaisirs , et courait à la mort en chantant des obscénités ^ .

1 Le monde g*écroule. disait S. Jérôme (in Eitch,^ 1. S^prtrfat., t. 3, p. 861). Mes enfants, disait S'«Mélanie, c'est i*heure dernière: le jour de Tantéchrist approche iPall. ki»t. Launiac). Lien des gens étaient persuadés que le monde devait finir en Tan 40<). S. Aug., dt Civil. Dei^ 1 18, e. 53. — Voir la note £ ' à la fin du volume.

2 SaU., de Gubern. Dei^ 1. 6 et 1. 7 passim.

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