‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 260 sur 282 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

Précepte cbrélien de la charité.— Mission de Chrysostôme.— Esclavage. — Enseignement du Christianisme — Unité des rdces humaines. — Fraternité de tous les hommes en Jésus-Christ. — Du véritable esclavage et de la vraie liberté. — Doctrine de Ohrysostôme et des Pères sur l'origine de Tesclavage. — L'esclave égal de son maître dans l'Église. — Le maître rompai^non d'esclava^'e de son serviteur. — Efforts pour adoucir le sort des esclaves, — pour en diminuer le nombre, — pour en supprimer l'usage.

— Chrvsostôrae docteur de la charité. — Mot d'un ancien hagiographc.— Rôle de la charité dans le monde. — Exorde d'un discours de Chrysostôme. — Excellence de Taumùne. — Donner au pauvre, c'est prêter à Dieu. — Aumône plus utile au riche qu'au pauvre. — Jésus-Christ dans la personne du pauvre. — Célèbre prosopopée. — Applaudissements de l'auditoire. — Pauvreté et richesse. — Doctrine de Chysoslôme et des Pères sur la charité. — Bourdaloue. — Paroles hardies de Chrysostôme, et explication de ces paroles. — Le riche est l'économe de la Providence.

— Droit de propriété. — Affreuse misère au iv- siècle. — Source impure d'yn grand nombre de fortunes à cette époque. — Lutte des Pères de rÉglise en faveur de l'humanité. — Succès de Chrysostôme. — Progrès de l'esprit chrétien.

Le lecteur en a déjà fait la remarque : tous les textes , tous les sujets, toutes les circonstances ramènent Chrysostôme à son thème de prédilection , la charité. C'est la gravitation de son âme. On ferait un livre remarquable en recueillant ensemble ce qu'il a dit de mieux sur ce sujet , et ce hvre serait le plus beau commentaire de ces divines paroles du Sauveur : Je vous laisse un commandement nouveau: Aimez -vous les uns les autres comme je vous ai aimés « .

Oui , c'était une loi nouvelle que cette loi d'amour. Nul doute, cependant, qu'en créant l'homme à son image,

' Joan., c. 13, v. 3i.

»U s. JEAN CHRYSOSTOME.

Dieu ne lui eût mis au cœur la compassion , la bienfaisance , une heureuse disposition à s'intéresser , à venir en aide à ses semblables. Le précepte de Taumône est une loi sociale aussi ancienne que Thumanité < . Mais tant de siècles d'erreur et de paganisme étaient passés là-dessus , ils avaient tant piétiné, ravagé ce noble visage de Thomme , qu'à peine gardait-il quelques traits mutilés et souillés de la ressemblance divine. L'égoïsme et la haine régnaient sur le monde. On traitait la pitié de faiblesse ; le pauvre n'inspirait que l'horreur ; l'homme tuait l'homme par forme d'amusement; une moitié de l'univers était esclave de l'autre; le cœur humain avait contracté quelque chose d'impitoyable et de farouche : il se délectait à l'odeur du sang. 11 est vrai que les mots d'humanité et de charité se trouvent dans les langues des anciens ; mais les vertus exprimées par ces mois n'existent guère dans leurs mœurs , et c'est beaucoup si , en cherchant avec attention, on en découvre une ou deux étincelles dans leurs livres 3. Dans tous les cas, il y a, de la bienfaisance antique à la charité chrétienne , la distance de la terre au ciel, il a fallu que le Fils de Dieu se fit homme, qu'il mourût sur le gibet, pour que l'homme comprit enfin ce que vaut l'homme et commençât à l'aimer. La charité est venue du ciel par le Calvaire ; aussi ne fut-elle pas mieux accueillie que la croix. Elle trouva les cœurs fermés, les volontés rebelles; son nom même était un scandale. On la couvrit de risée ; et si , après bien des efforts et des luttes , elle s'établit sur la terre , ce fut , non par un élan , non par une conquête de la nature humaine , mais par une transformation qui tenait du miracle, ou, pour parler plus exactement, qui était une série de miracles.

1 Oa le trouve « inséparablement uni , dans les traditions de tous les peuples, même sauvai^es, au souvenir du bienfaiteur suprême, père de la famille humaine. > (Gerbet, Dogme générât, dela^tiété, c. 7, p. 154. )

3 Voir la note F' à la fin du volume.

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