‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 261 sur 282 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

Voas voyez dans Chrysostôme TaD des instroments privilégiés de cette œuvre divine. Nul entre les docteurs du Christianisme n'a reçu aussi visiblement la mission et la puissance de populariser la charité , de la faire entrer dans les esprits et dans les mœurs , d'abattre devant elle les haineuses résistances de Foi^ueil et de Tégoïsme , ses éternels adversaires. Nul y du moins , n'a poursuivi ce résultat avec plus d'ardeur , de talent, d'intrépidité. Sous ce rapport, il a droit, de notre part, à une étude spéciale.

On l'a dit avec raison : Il y a dans les doctrines chrétiennes un souffle de liberté ^ . Ce n'est pas assez dire ; le principe même du Christianisme est incompatible avec le principe de l'esclavage. Comment concilier, en effet, la foi en Jésus-Christ, Dieu-homme, avec l'étrange prétention de posséder comme une chose , de traiter comme une brute l'homme que Jésus -Christ a racheté de son sang, qu'il a marqué du sceau des élus , qu'il appelle à partager le ciel avec lui? Le seul nom d'esclave est un blasphème contre la croix . Quels plus audacieux contempteurs de Jésus-Christ que ces marchands de chair humaine, continuant, sous la loi d'amour et de liberié parfaite ^ , cet infâme commerce qui consiste à vendre l'âme de l'homme et le sang de Dieu ! S. Paul a résumé l'Évangile quand il a dit : « Plus de Juif ni de Grec , plus d'homme ni de femme , plus d'esclave ni de libre ; vous êtes tous une même chose en Jésus-Christ ^ . » Ne sontelles pas aussi une déduction rigoureuse du dogme de la rédemption , ces autres paroles du grand Apôtre : « Nous avons été baptisés dans le même esprit, pour n'être tous qu'un môme corps ^. » Et celles-ci encore : « Où est l'esprit du Seigneur, là est la liberté ^ . » Proclamer ces principes ou

1 Wall. Hist. de TesclaT., introd., p. lxxi.

2 Ep.S, Jac., c. 1, V. 25.

' Ad Gai., c. 3, T. 28.

* 1. adCorinth , c. 12, v. 13.

» 11. ad Corinth,, c. 3, v. 17

abolir rescIftTage , c'était toat un. Ijes féroces théories des anciens , fondées sur le mépris de l'homme , devaient à jamais disparaître , le jour bii le sceaa d'une auguste fraternité avec le Fils de Dieu rayonnait sur le front de chaque homme.

Toutefois, avant que de pareilles idées pussent régner dans les lois, il fallait qu'elles fussent entrées dans les mœurs. Renverser brusquement l'ordre social étabU , n'était ni au pouvoir ni dans l'esprit du Christianisme. Ses efforts furent dirigés vers un seul but : persuader aux hommes que Jésus- Christ avait effacé dans son sang toutes les distinctions d'origine et de condition, que régénérés tous en lui, ils étaient tous ses frères , les membres mêmes de son corps * , et qu'étant tout en tous > , s'il pouvait avoir une préférence , ce serait plutôt pour les pauvres , pour les ouvriers , pour les esclaves ; car il avait voulu naître dans la demeure du pauvre , travailler dans l'atelier de l'artisan , mourir sur le gibet de l'esclave. Aux serviteurs, l'Église disait: < Obéissez à vos maîtres selon la chair , avec crainte et respect , dans la simplicité de votre cœur, comme à Jésus-Christ même. Ne les servez pas seulement sous leur regard comme si vous ne pensiez à plaire qu'aux hommes , mais comme étant les serviteurs de Jésus-Christ , faisant de bon cœur la volonté de Dieu s. ... » De leur côté , les maîtres étaient avertis de témoigner de même de l'affection à leurs serviteurs et de leur épargner les menaces : « Car , sachez , leur disait-on , que vous aussi , vous avez un maître an ciel , et que devant lui il n'y a point acception de personnes * . >

Ainsi, ne pouvant briser les chaînes, l'Évangile les allégeait. Il faisait plus, il recommandait, il opérait même

1 I. ad Cùrinth,tC, 6, v. 15; c. 12, y. 27 ; — ad Eph.t c 5. v. 30. *^ AdColoss., c. 3, Y. 11.

> AdEph.y c. 6, ▼. 5.

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