‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 262 sur 282 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

parfois la libération des esclaves. S. Paul avait donné l'exemple , quand , après avoir reçu le fugitif Onésime et ravoir engendré à la foi , il le rendait à son maître , non plus , disail-il , comme un esclave , mais comme un frère bien-aimé ^ . Émules de TApôtre , une foule de maîtres chrétiens affranchissaient leurs serviteurs et consacraient à les doter une partie de leurs biens. Ainsi, entre autres, avaient fait S. Hermès sous Trajan, S. Chromace sous Dioclétien; ainsi, les illustres martyrs Cantius et Cantinianus de la famille Anicia , et plus tard, Ste. Mélanie, Ste. Paule et beaucoup d'âulres. Des femmes d'une haute fortune l'employaient sans réserve à acheter sur les marchés d'esclaves tout ce qu'on y trouvait de jeunes garçons ou de jeunes filles pour les instruire , les préparer au baptême et les émanciper, en les dotant , dès qu'ils étaient instruits et baptisés. « Telles furent , dit admirablement un savant historien , les dogmes de l'Église naissante et sa règle de conduite. Elle pose le principe de l'égalité, de la liberté , sur les bases mêmes de la foi ; elle l'environne de toutes les influences qui peuvent le féconder, et attend qu'avec leur concours , la foi elle-même en développe la bienfaisante action dans les âmes. Mais son attente n'est point passive. Comme le Christ, avant sa résurrection, descendait vers les limbes pour consoler les âmes saintes et captives qu'il allait introduire avec lui dans le ciel , l'Église descendit vers l'esclavage pour soulager ses misères jusqu'à l'heure de la délivrance. Elle relevait les espérances et soutenait les courages ; elle effaçait la trace des flétrissures , elle ôtait leur amertume aux humiliations. Dans cette tête demi-rasée du laboureur enchaîné au travail > , elle voyait le Christ et la trouvait assez belle ainsi marquée du sceau divin ^ . »

> AdPhilem.,y. 16.

2 S. Gyprian., epiit. 71.

3 Wallon, Hist. de l'esclav,, t. 3, p. 11.

Cependant, bien que le signe de l'esclavage fût placé comme un signe d'honneur sur l'étendard des rois s bien que les idées chrétiennes eussent déjà fait du chemin et qu'on en trouvât l'influence dans la philosophie et dans la jurisprudence de l'empire > , le jour de l'affranchissement n'était pas venu. L'esclavage, sapé dans son principe , modifié dans ses formes , subsistait toujours , et même dans quelques maisons opulentes le nombre des esclaves était encore très-grand 3. Leur condition, satis doute, n'était plus la même que sous le paganisme. Mais quelques réformes qu'elle eût subies , l'institution mauvaise continuait à produire de mauvais fruits. A côté d'un maître doux , humain , plein de bonté pour ses serviteurs, d'autres traitaient leurs esclaves comme des bêtes de somme. Des femmes hautaines ou jalouses se portaient vis-à-vis de leurs servantes aux plus horribles excès. Plusieurs se montraient en public, environnées de jeunes et beaux esclaves ^ ou tout au moins d'une foule d'eunuques ». On eût cru déroger si , dans l'apparat d'un festin , on ne produisait pas autour de soi un essaim de serviteurs richement parés «. Sortir sans traîner à sa suite un interminable cortège , c'était mauvais ton. On avait des esclaves pour tous les genres d'offices '. Les palais, les villas en fourmillaient. S. Jérôme se moque des sohtaires, des vierges consacrées à Dieu, qui, cherchant les douceurs d'une vie mondaine sous le manteau de la

1 Wallon, Hiit. de Tesclav., t. 3, p. 11.

2 /feid., p. 12.

3 Chrys., in ps. 48, t. 5, p. 516; m Joan. , hom, 28, t. 8, p 163; f'n ep. ad Coloss. , hom. 1, t. 11 , p. 327 ; in Math. , hom. 63, t. 7, p. 633.

< S. Hier., ep. 85, ad Salv., t. 4 , aller, part. p. 667, etc. 5 Chrys , inillud : Salut. Prise, t. 3, p. 176. — S. Hier., ep. 47, l 4, aller, part., p. 559; et ep. 57, ibid., p. 595. — Claud. in Eutrop, I,

8 Chrys., in ps. 48, t. 5, p. 221; et in ep. ad Coloss., 1. 11. p. 327.— MûUer, Dissert, historié., 1, 5.

7 S. Basil., hom. in dtvt/. , $ 2 , t. 2 , p. 53.

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