‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 263 sur 282 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

piété, remplissaient leur prétendue solitude d'un peuple de valets * .

Mille fois , dans ses homélies , Chrysostôme relève ces abus, et en prend occasion d'exposer nettement la doctrine chrétienne sur Tesclavage. D'abord , le nombre des esclaves Tindigne. «Pourquoi tant de serviteurs ?s'écrie-t-il. De même que pour les vêtements et la table , on doit , en fait de serviteurs, se régler sur le besoin. Or, où est ici le besoin? Je ne le vois pas. Un seul serviteur sufHt parfaitement à un maître , et même deux ou trois maîtres peuvent se contenter d'un seul serviteur. Si cela te parait dur, songe à ceux qui n'en ont pas , et qui n'en sont que plus agréablement et plus promptement servis; car Dieu nous a fait tels que nous pouvons nous suffire à nous-mêmes et venir en aide à notre prochain. Si tu ne me crois pas, écoute S. Paul : Me.^ mains, dit-il, m'ont servi moi et ceux qui sont avec moi'^. Ainsi, le docteur de l'univers , cet homme digne des cieux, ne rougissait pas de servir d'autres hommes; et toi, tu te crois déshonoré si tu ne traînes à ta suite un troupeau d'esclaves, ignorant que c'est là ce qui te déshonore ; car Dieu nous a donné des pieds et des mains pour nous affranchir des services étrangers. Ce n'est donc pas le besoin qui a introduit dans le monde la race des esclaves : sans cela , en créant Adam , Dieu n'eût pas manqué de lui créer un serviteur. L'esclavage est la peine du péché , le châtiment de la désobéissance ; donc Jésus-Christ par sa venue a détruit aussi l'esclavage. Que signifient ces essaims d'esclaves ? On les voit , ces riches , tels que des vendeurs de brebis ou des trafiquants de chair humaine , se promener dans les thermes et sur les places. Mais je ne veux pas m'en tenir au droit strict. Donne-toi un ou deux

1 s. Hier., 1. tp, 95, ad Ruêl. monach,, t. 4; alter, part., p. 175; ep. 89; t6t(i., p. 732, etc.

a AcL 20. U.

serviteurs ; quand tu en réunis davantage , ce n'est plus que pour ton plaisir. Si un sentiment d'humanité t'animait , tu apprendrais à tes esclaves des métiers avec lesquels ils pussent se suffire à eux-mêmes, et les renverrais libres. Mais , puisque tu les frappes de verges , puisque tu les jettes dans les fers , ce n'est pas là une œuvre de philanthropie. Je sais bien que je déplais à mes auditeurs; mais que faire ? Je remplis ma mission , et ne cesserai de la remplir. Qu'est-ce donc que cette façon orgueilleuse de paraître en public ? Marches-tu au milieu de bétes fauves , qu'il faille leur donner lâchasse à ton approche? Sois sans crainte : ils ne te mordront pas , ces hommes qui passent à tes côtés... . Celui-là est au-dessous de tout esclave qui étale un tel faste, il ne verra pas la vraie liberté. Si tu veux chasser quelqu'un devant toi , chasse , non ceux que tu rencontres sur tes pas, mais ton orgueil ; chasse-le , non par ton esclave , mais par toi-même.... Descends de ton cheval, marche à pied avec modestie ; alors l'humilité te servira de char , et celui-là te portera aux cieux , car il a des chevaux ailés * . »

Évidemment , l'objet des vœux de Chrysostôme , c'est l'abolition radicale de l'esclavage. Ce qu'il a sous les yeux n'est qu'un état provisoire que le Christianisme accepte comme tel , avec l'obligation et la certitude d'y mettre un terme. Dans l'attente de ce jour désiré de l'émancipation générale , l'Église poussera de toutes ses forces aux émancipations particulières, et tousses ministres, comme sur un mot d'ordre , attaqueront à la fois et l'institution de l'esclavage en elle-même , et les abus , les périls , les maux de toute espèce qu'elle entraîne. De là, les vives sorties de Jean contre la multiplicité des serviteurs et contre la dureté des maîtres ; car, si généralement la situation de l'esclave était moins intolérable qu'aux temps païens , si môme dans

* Chrys., in 1. ad Corinth. hom, 40, t. 10, p. 584, 385.

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