‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 265 sur 282 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

devient pour les familles un hideux foyer de corruption. Il pervertit Fenfance confiée trop imprudemment à ses mains » , fournit à la luxure un quotidien et facile aliment », trouble par la jalousie la paix des mariages , pousse à Torçueil , à la barbarie, au mépris de Thumanité; et ainsi, la dépravation des maîtres engendre celle des esclaves , la dépravation des esclaves augmente celle des maîtres , et le sens chrétien , le sens moral lui-même s'affaiblissent également chez les uns et les autres.

Voilà ce que Jean signale et déplore mille fois. Rien n'était plus évident que l'immoralité et l'iniquité de l'esclavage , et cependant rien n'était moins facile à extirper. Ce crime , universellement réprouvé aujourd'hui , qui exproprie l'homme de sa famille , de son nom , de son cœur ; qui le réduit à l'état d'animal domestique , de chose que l'on vend , que l'on troque , que Ton profane à plaisir ; qui arrache la fille à sa mère , la femme à son mari , le père à ses enfants , et trafique à la face du ciel des larmes , des déchirements, des plus saintes choses de l'âme humaine; ce crime, plus affreux que Thomicide, blasphème impie contre le Créateur , contre la Providence , contre Jésus - Christ , ne réveillait pas un remords dans la conscience de l'humanité. L'Église dut revenir tous les jours, pendant des siècles , sur les idées les plus élémentaires à cet égard , sur des idées qui nous semblent innées, instinctives, et qui n'entraient que lentement et péniblement dans les âmes, qui ne sont entrées dans la circulation du monde moral que par le travail le plus opiniâtre des docteurs du Christianisme. Or, entre ces docteurs, nul après S. Paul, dit Mœlher , n'a recueilli dans la question de l'esclavage une plus riche moisson de mérites que Chrysostôme ^ .

« s. Hier., «p. 98, l. 4, ait. p., p. 798, et ep. 47, t6., p. 695. 2 Chrys., in illud : Propt. fomic, t. 8, p. 1§8. -s Mœlh., De resclav., c. 5.

5»6 S. JEAN CHRYSOSTOHE.

Disons-le d'abord : dans ce long plaidoyer en faveur d'une vérité méconnue et de l'humanité outragée , pas un mot n'échappe au grand avocat des pauvres et des opprimés, qui puisse augmenter dans le cœur de l'esclave l'amertume de sa situation ou l'impatience de son joug. Avec le même zèle qu'il prêche aux maîtres la modestie et la charité, il recommande aux serviteurs l'obéissance, cette soumission spontanée et digne qui fait que l'esclave vertueux est plus libre dans les chaînes que le maître orgueilleux au milieu des plaisirs et des vices < . « 11 serait digne de reproches , dit-il , celui qui , sous prétexte de continence , détournerait les femmes de leurs maris , ou enlèverait les serviteurs à leurs maîtres. . . . Que les esclaves obéissent donc , sans résister, sans tromper , et que , montrant en tout leur bonne foi , ils honorent par leur conduite

la doctrine du Dieu sauveur Si cette doctrine, en

effet , ne réprime ni notre langue ni notre main , comment voulez-vous que les païens l'admirent? Mais , au contraire , s'ils vous voient , pleins de la philosophie du Christ , pratiquer la tempérance plus que leurs philosophes, obéir de bonne volonté, avec une modestie parfaite, ils rendront hommage à la puissance de la prédication ; car ce n'est pas sur leur énoncé qu'ils jugent nos dogmes, mais sur les résultats et par notre vie ^ . »

Mais en rappelant à la classe asservie ses devoirs « Jean n'en poursuit pas avec moins d'ardeur l'abolition de la servitude. Ses idées , à cet égard , tiennent une grande place dans ses écrits et forment à elles seules un corps de doctrine : essayons de les résumer.

L'unité et la dignité des races humaines sont écrites aux premières pages de la Genèse. Adam est le père de tous les

> Ghrys., de La%ar., serm. vi , t. 1, p. 784.— S. Âmbr., epul. 37, 1. i. — S. Aug., de Civil, Det, xiz. 15.

2 Ghrys., in ep, ad Tit,, hom, 4, t. 11, p. 762.

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