‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 266 sur 282 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

hommes ; et parce que Dieu Ta créé à son image et placé au-dessus de toute la création , tout ce qui est issu de lui participe de cette ressemblance divine et de cette royauté. Nous avons la même nature , la même raison nous éclaire, la même loi morale nous gouverne , nous aspirons au même ciel; aucun de nous n'a été fait pour être l'esclave de Tautre > . Dieu , qui avait dit à Thomme : Tu domineras sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et les animaux de la terre 3, n'avait pas voulu qu'il dominât sur les hommes. Adam et Eve sont également libres ; nul esclave n'est destiné à leur service , pas plus qu'à celui d'Abel, deSeth, de Noë^. Chacun se sert soi-même: entre eux point de subordination , tous jouissent d'une égale liberté. Mais le péché du premier homme , transmis à ses descendants , a frappé de déchéance la nature humaine , et nous a réduits à l'incapacité de nous gouverner nousmêmes. De là , trois espèces de servitude : la première est celle de la femme dans le mariage; la seconde, celle de l'esclave sous le joug du maître ; la troisième , celle des sujets dans l'État. Mais la femme a trouvé dans l'amour un refuge contre le despotisme ^ La domination du souverain est la plus redoutable de toutes , car elle entraine l'emploi du glaive , du bourreau , des supplices , de la peine de mort. Mais notre perversité la rendait nécessaire. « Il y a des chefs pour que nous ne soyons pas comme des reptiles , il y a des princes pour que nous ne nous mangions pas les uns les autres comme des poissons. 11 faut aux maladies des remèdes , et aux crimes des châtiments ^. »

1 Chrys., inps, 48, i 5, p. S15. — Serm., in La%ar,, t. 1, p. 782.

•» Genès. 1.26.

» Chrys., hom. 22 in ep. ad Eph, , t. 11, p. 167 ; l. 4, p. 659.

4 Chrys., t. 4, p. 660. — 11 dit ailleurs que, malgré la sujétion à l'homme, la femme est un roi dans sa maison. Choisissez bien le roi, ajoutet-il, et tout ira bien (t. 11 , p. 168).

558 S. JEAN GHRYSOSTOME.

Qoant à la seconde espèce de servitude , il n'en est pas qaestioD dans les saints livres i avant que le patriarche Noe n'eût flétri du titre d'esclave son coupable fils. Cham manque de respect à son père , et , frappé de malédiction , il cesse d'être l'égal de ses frères pour devenir leur serviteur. Son crime le dégrade de sa dignité , le dépouille de sa liberté , et c'est ainsi que l'esclavage est entré dans le monde : il est la conséquence et la peine du péché. L'homme , en péchant , a abdiqué sa noblesse originelle , il s'est infligé à lui-même un cruel affront ; puis sont venues les guerres et les batailles , et l'on a fait des prisonniers < . La guerre est une autre source de l'esclavage ; mais Jean , comme S. Augustin , la rattache à la source commune du péché 3 . Si l'on demande pourquoi les fils de Cham portèrent la faute de leur père -et le genre humain celle d'Adam , pourquoi tant d'esclaves qui ne méritèrent jamais l'anathème paternel , il répond que l'esclavage dérive de la culpabilité qui s'étend à tous les hommes , et non de tel ou tel fait en particulier , et que le péché esfrune servitude qui les engendre toutes ^ .

Mais cette explication était plus propre à rassurer qu'à inquiéter les possesseurs d'esclaves. Car, disaient-ils, si d'une part l'esclavage est la punition du péché , et si de l'autre le péché des pères passe aux enfants , ne sommesnous pas dans l'ordre de la justice divine en continuant sur les fils la servitude qui a frappé les pères? Et n'est-ce pas la Providence elle-même qui nous livre des races cou* pables et maudites à châtier ? Non , s'^rie le saint docteur ; car Dieu , qui tire le bien du mal , a voulu que le péché trouvât un châtiment dans l'esclavage , mais il n'est pas

1 Voir la note (7 < i la fin du volume.

^ Aug., de Civit. Dei, 1. 19, c. 15. — Chrys. , m ep. ad Sph, hom, ft, t. 11, p. 167.

s Chrys., in Gènes, , serm. 5, t. i, p. 66i-665.

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