CHAPITRE XVI
devieni affta/nehi du Seigneur ; et, de même , celui qui en appelé, éiani libre, devient esclave de Jérne-Chriei \ Jean s'â[^rie : « Oui , dans les choses du Christ, vous êtes tous les deux égaux. Ton maître et toi , vous êtes, au môme titre , serviteurs du môme Dieu. Comment donc, restant esclave, es-tu devenu affranchi ? Parce que le Sauveur qui t'a délivré du péché , Va délivré aussi de la servitude extérieure , alors que tu portes encore son joug ; car il ne permet pas que le serviteur soit esclave , même quand il ne cesse pas d'être serviteur... Voue avez été achetés d'un grand prix, ne vous rendez pas esclaves des hommes >!.... Tel est le Christianisme : au sein de l'esclavage , il fait jouir de la liberté » . »
N^est-il pas évident que s'exprimer ainsi, c'est établir qu'au point de vue le plus élevé et le plus vrai , qui est précisément le point de vue chrétien , toute inégaUté radicale de la nature humaine disparait? Ce n'est point assez : ces déAnitions abstraites en font naître de plus positives , et Chrysostôme est emmené , par le développement logique de ses pensées , à inculquer dans ses discours que le maître et l'esclave se doivent des services réciproques , une mutuelle soumission , même dans leurs rapports extérieurs. N'est-ce pas abolir l'esclavage? Laissons parler le saint docteur.
« Qu'il y ait , dit-il , un échange mutuel de servitude et de soumission , et il n'y aura plus d'esclavage ; que l'un ne prenne pas rang parmi les hbres, et l'autre parmi les esclaves; il vaut mieux que maîtres et esclaves se servent les uns les autres. Une telle servitude est préférable à une autre liberté : je vais vous le faire comprendre. Supposons un propriétaire de cent esclaves dont aucun ne le sert , puis cent amis se servant mutuellement ; où sera la vie la
M. ad Corinth., c. 7, v. 22.
2 Ad Corinth., c. 7, v. 23.
s Chrys., in I. ad Corinth, hom. 19, t. 10, p. 164.
568 S. JEAN CHRYSOBTOME.
plas agréable , le caDtentemeat , le bonheur? Ici , point de oolère ni d'emportemeiit ; là, Tinqniétcide et la crainte ; d'an cAté c'est par force , de l'autre par affection et reconnaissance, que se fait le service. Tel est Tordre do Seigneur, et e'eat pour cela tj^il a lavé les pieds à ses disciples. Si Ton vent y faire attention, la servitude, telle qu'elle
existe, nous présente des choses analogues L'esclave
est obligé de servir son maître , mais en revanche celui*ci contracte des obligations à l'yard de son esclave : il doit le nourrir, fhabiller, le chausser ; s'il loi refuse ces services , il n'y a plus de loi qui force l'esclave à être esclave, il est libre > . >
Ainsi , pour Chrysostôme , la position relative des mai* très et des esclaves doit être une alliance de famille entre des amis et des frères sous le même toit. Cette alliance , il la montre réalisée admirablement dans la maison de Philé* mon, devenue, sous l'inspiration de S. Paul, une communauté pieuse d'où toute inégalité a disparu , où rogne sans restriction cette parole de TApôtre : En Jésus-Christ, il n*y a plus ni libre ni esclave^. 11 dit ailleurs que si Abraham, cet homme d'une piété si pure , eut des esclaves , il ne les traita jamais comme tels > , et qu'en tous cas, S. Luc, parlant de cette primitive Église de Jérusalem, où tout était commun entre les fidèles , ne mentionne pas les esclaves , soit qu'il n'y en eût point parmi les Chrétiens, soit qu'on les eût rendus à la liberté ^. Passant de ces souvenirs et de ces enseignements aux conclusions pratiques , Jean censure sévèrement , nous l'avons déjà vu , l'orgueil des maîtres qui gardent à leur service une foule d'esclaves , et les presse d'instruire ces malheureux dans les arts pour leur donner
I Chrys., in Eph., hom. 19, t. 11, p. 141-142. ^ Chrys.. in ep, ad Philem. hom. 1, t. 11» p. 775. > Chrys., in tp. ad Eph, hom. 22. t. 11, p. 167. 4 Chrys., inAct. hom. il» t. 9, p. 93.