CHAPITRE XVU tt
la liberté dès qa'ib auront le moyen de g^er leur vie < .
Pouvait-il s'avancer davantage? « Après de tels discours > dit encore Mœlhers, il ne lui restait plus qu'à ordonner raffranchissement. Une telle initiative eût dépassé les limites de ses pouvoirs. »
Sans doute , Chrysostôme , dans cette question ^ ne fait que reproduire l'enseignement unanime des Pères ; sa voix est Técho de leurs voix, auxquelles, il faut le reconnaître, la philosophie mêla plusieurs fois la sienne 3. La gloire propre du saint docteur, o'est d'avoir prêté à cet enseignement la puissance de sa parole , d'avoir contribué , plus que personne peut-être , à le propager, à l'établir profondé* ment et solidement dans lésâmes. Mais alléger, briser le joug des esclaves , était-<^e tout pour la charité ? Elle avait sous les yeux trop et de trop grandes misères pour n'en être pas émue. Pouvait-elle oublier qu'elle est le précepte du Seigneur, le premier devoir de la loi nouvelle , le signe caractéristique des disciples de Jésus - Christ ? Cette parole du Maître : // y aura toujours des pauvres au milieu de vous^^ loin de décourager, stimulait ses ardeurs , et , convaincue qu'il n'y avait pas à changer les conditions de l'humanité ici-bas, elle s'appliquait d'autant plus à les modifier, à les rendre moins dures pour les uns, moins corruptrices pour les autres, à créer aux pauvres dans le cœur des riches un refuge contre le désespoir. Qui pouvait briser les fers des esclaves, si ce n'est elle? Qui pouvait tarir l'une des sources les plus fécondes de l'esclavage , si ce n'est elle? En dehors d'elle , y a-t-il un remède sérieux contre l'indigence? Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, la
I Chrys., ml. ad Corinlh,^ hom. 40, t. 10, p. 385. ^ Mœlh., Hisi. de Tesclav., c. 5.
^ Voir, entre autres, Laclance , Instit, div,, 1. ô, c. 15 et 16.^ Voir aussi Sénèque, epist. 47.
4 Marc, c. 14, v. 7.
504 S. JEAN GHRYSOSTOME.
charité est le contre-poids nécessaire de Tégoïsme, un appoint précieux de l'équilibre du monde ; c'est la force cachée qni ressoude la chaiae à chaque instant brisée entre le riche et le pauvre , le fort et le faible ; c'est l'huile mystérieuse qui empêche les frottements trop rudes entre les engrenages sociaux. Ce que lattraction est aux aslres, Taffinite aux éléments, la charité Test aux hommes. Elle ne menace pas la propriété , n'absorbe pas l'individualité , n'éteint pas l'activité ; elle n'est ni la spoliation , ni la contrainte, ni la dégradation, mais l'amour; elle ne nivelle pas les tâtes, elle rapproche les cœurs. Elle n'a qu'une loi formulée en deux mots : Aime ton prochain comme toi-même pour l*amaur de Dieu.
Chrysostôme est vraiment le docteur de la charité. Nous ne diroBs pas , avec un ancien hagiographe , que faute d'un homme comme lui dans le monde, il eût fallu que le Fils de Dieu rachetât le monde une seconde fois < ; mais nous affirmerons , sans crainte d'être démenti , qu'après S. Paul et S. Jean, le précepte divin de la charité na pas eu de plus éloquent interprète que Chrysostôme. Cet exorde d'un de ses discours pourrait être regardé comme le programme même de son ministère.
a Je viens remplir près de vous aujourd'hui une mission juste , honorable : je ne l'ai reçue d'aucun autre que des pauvres de cette ville. Ce ne sont ni des décrets, ni la délibération d'un sénat qui m'envoient; mais le plus triste, le plus cruel spectacle. Traversant tout-à-l'heure pour venir ici la place publique et le carrefour, j'ai vu couchés par terre une foule de malheureux, les uns sans mains, les autres sans yeux , les autres tous pleins de plaies et d'ulcères incurables, et montrant à découvert précisément cette pourriture qu'il faudrait le plus cacher. J'ai donc pensé qu'il y
1 Joann., rpisc. EnchaU.