‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 270 sur 282 · CHAPITRE XVI. MS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. MS

aurait inhumanité extrême à ne pas vous parier de ces misères, quand d'ailleurs, outre ce qui a été dit, la saison où nous sommes m'y pousse plus vivement. Sans doute, il convient toujours de recommander laumône , puisque nous avons toujours besoin de la miséricorde du Seigneur qui nous a créés; mais il la faut surtout â cette époque de Tannée, quand le froid est si rigoureux. En été, le beau temps apporte aux pauvres un grand soulagement; ils peuvent sortir presque nus, les rayons du soleil leur tenant lieu de vêlement , dormir sur le pavé et passer les nuits en plein air; ils nont besoin ni de chaussures, ni de vin, ni d'une nourriture aussi abondante ; ils ont assez de l'eau des fontaines ; quelques herbages communs et des légumes secs leur suffisent , la nature elle - même dressant pour eux une table facile. Vn autre avantage non moins grand, la possibilité de travailler, existe alors pour eux. Ceux qui bâtissent des maisons, ceux qui fouillent la terre, ceux qui naviguent sur mer ont besoin surtout des bras des pauvres. Ce que sont aux riches leurs champs et leurs auin?s propriétés , le corps du pauvre l'est pour lui : c'est son revenu , il n'en tire pas d'ailleurs. C'est pourquoi, si l'été procure quelque allégement à l'indigence , l'hiver lui fait , à tous les points de vue , une rude guerre : il l'assiège de deux côtés, il rattaijue au-dedans par la faim qui dévore les entrailles, au- dehors par le froid qui gèle la chair et la rend comme morte. Alors il faut aux pauvres une nourriture plus substantielle, un vêlement plus chaud, un toit, un lit , des chaussures et tout le reste ; et ce qui est plus fâcheux, ils n'ont pas même la ressource du travail , la saison s'y oppose. Donc, puisque c'est alors qu'ils ont plus de besoins, qu'ils manquent de plus de choses nécessaires, et que personne ne leur donne d'ouvrage , personne ne leur fait rien gagner, allons, tendons -leur la main de la commisération , mettons-nous à la place des entreprenears , et prenons

pour collègue dans cet emploi Paul , le vrai protecteur et tuteur des pauvres * ! »

Les pauvres ! L'aumône ! Jean n'a que ces deux mots à la bouche. On dirait que ces deux mots sont pour lui tout l'Évangile. « Nul moraliste , dit M. Villemain, nul orateur de la chaire moderne, n a jamais égalé la vivacité persuasive et l'inépuisable abondance que Chrysostôme portait dans cette exhortation. Jamais on n'a su mieux recommander à l'homme les misères de l'homme , ni émouvoir le cœur , pour exciter à la bienfaisance et à la vertu «. » Toutefois , ce tf est pas un simple sentiment de pitié naturelle , un élan plus ou moins généreux de bonté qu'il cherche à produire dans l'âme du riche ; il veut y établir , y développer cette grande conviction que la charité est le devoir fondamental du chrétien , la condition indispensable de son salut , en sorte que l'aumône lui est demandée bien plus dans son intérêt que dans celui du pauvre , et qu'en dédaigner l'heureuse obligation , c'est une dureté impie envers Jésus-Christ, c'est s'exclure soi-même du bienfait divin de la Rédemption.

Le lecteur réclame ici la parole de Chrysostôme ; il a raison. Quant à nous , l'embarras n'est pas de citer , mais d'avoir trop à citer , même en nous bornant aux passages les plus frappants. Nous voudrions du moins que nos citations fussent assez bien choisies et groupées pour représenter, dans sa portée et sa force , l'enseignement du grand docteur , sur le sujet capital de la charité.

D'abord, il célèbre, il exalte l'excellence de l'aumône. Les images affluent sur ses lèvres ; sa verve est intarissable ; ce n'est plus seulement un orateur, c'est un poète et un grand poëte. «L'aumône, dit-il, rend les hommes semblables à Dieu. Rien n'égale sa puissance. C'est la plus grande des vertus. A ceux qui l'aiment , elle donne la place la

> Chrys., serm, de Eleemosynâ, l. 3, p. 248. « VilUm., Tabl. de l'éloq. chrél., art. Chryt.

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