‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 272 sur 282 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

d'eau , donne un morceau de pain ; donne aux pauvres , et quand tu te tairais devant Dieu , des milliers de bouches parleront pour toi , ton aumône étant là , debout à tes côtés et te couvrant de son patronage , car Taumône est la rançon de Tâme ^ . . . L'aumône est le plus beau , le plus utile des arts ; sans effort et par un seul acte , elle nous bâtit au ciel, si nous le voulons, une demeure splendideet permanente ». Elle est un sacrifice pur et l'un des plus parfaits que l'homme puisse offrir à Dieu : le pauvre en est l'autel , le riche en est le pontife 3. Faire l'aumône vaut mieux que d'être roi et de porter le diadème ^ . . . Plus secourable à celui qui l'exerce que l'amitié la plus dévouée » , Taumône lui procure une joie douce et sainte «. Sa puissance est telle, même quand il s'agit des pécheurs , qu'elle brise leurs liens, écarte d'eux les ténèbres , éteint le feu sous leurs pas , tue le ver qui devait les ronger; les portes du ciel s'ouvrent devant elle. Quand une reine entre dans son palais , nul garde ne lui demande qui elle est ni d'où elle vient, mais tous les fronts s incUnent sur son passage : ainsi l'aumône , car elle est véritablement reine. Colombe aux yeux calmes et doux, plus belle qu'aucun oiseau du ciel, elle regarde toujours en haut; son vol plait aux anges; une gloire pure l'environne. Vierge modeste, candide, dont tous les traits respirent la mansuétude, qui a des ailes d'or, elle est toujours près du trône de Dieu , et quand nous comparaissons pour être jugés, elle nous cou\Te de ses ailes et nous arrache au supplice... Il n'y a rien qui caractérise le chrétien autant que l'aumône , rien que les infidèles admirent en nous autant que la charité ^ .

• Aùrpov ^^JX^i «9^"tv AfïjjiAOTÛvjfî . — Chrys., t. 2, p. 297. ^ Chrys., in ep, ad Hebr. hom, 32 , p. 299; et hom, 52 m Math.y l. 7, p. 53i.

> Chrys., in 11. ad Corinih. hom. 20, i. 10, p. 68. 4 Chrys., hom. 52 in Math,^ t. 7, p. 53i. » Chrys., l. 1 , p. 751.

« Chrys., t. 8, p, 242.

^ Chrys., in €p, ad Htbr. hom, 32, 1. 12, p. 299, etc.

570 S. JBAN CHRYSOSTOME.

Le saint orateur ne se boroe pas à célébrer Pe&celience de l'aumône : il en établit le devoir qu'il rattaclie à la fois au précepte de la charité qui résume tous les préceptes , à l'intérêt personnel du riche qui n'a pas de plus sûr moyen d'expier ses fautes et de fléchir Dieu , à Tamour que le chrétien doit à Jésus-Christ , qui s'est fait pauvre , qui se plaît toujours dans les pauvres , qui se regarde comme secouru ou délaissé dans la personne des pauNxes , enfin à la loi providentielle et constitutive de la société. En vain , répètet-il avec tous les Pères, vous observerez les commandements et vous pratiquerez les plus liantes vertus : sans la charité tout est vide. En vain vous implorerez le ciel avec ferveur, ajoutant les suppUcations aux supplications : ta prière ne monte au ciel qu'en compagnie de l'aumône. I es pauvres, dit-il fréquemment , ont moins besoin du riche que le riche n'a besoin d'eux > ; ils sont les médecins des âmes>. Par eux , la fortune devient un instrument de sainteté , l'or ouvre les portes du ciel , nous thésaurisons en paraissant nous appauvrir. Us sont d'excellents médiateurs entre Jésus- Christ et nous. Que de fois, avec quelle verve, Chrysostôme développe ces idées et commente ces paroles de l'Evangile : Faites vous des amis avec les richesses du monde ; oo celles-ci de S. Paul : N'oubliez pas la c/usriié, car c'est par de telles hosties qu'on mérite Dieu! Qu'il est éloquent, qu'il est admirable, quand il montre le Sauveur lui-même tendant la main dans la personne des pauvres !

«Ni Jésus-Christ, s'écrie-t-il, ni ce qui est de Jéeus- Christ , ne nous détourne des choses du siècle ; mais comme des serpents, des vipères, des pourceaux, nous nous vau-

« Chrys., in I. ad Cormth. hom, 34, l. 10, p. 316.— /n Maih, ham. 66. t. 7, p. 659. — !n Joan. hom. 39, l. 8, p. 234; elt*.. 360 ei 459. in p«. 48, t. 5, p. 514 et pauim,

« Chrys., l- 3, p. 289. — De Verb. apM^, t. 3, p. 278.— imtkne*. hom. 42, I. 4, p. i3i, ei Am. 60, i». p. 498. ^ T. 2 , p. 89.

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