‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 274 sur 282 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

0ia louange et votre avantage. Voilà qui vaut mieux pour moi que le plus beau diadème. Ce diadème, vous et moi> eflorçons^DOus de le recevoir de la main des pauvres < . »

Certes , il est difficile de mettre plus d'éloquence au service de la charité; mais Cbrysostôme va plus loin. L'aumône, à ses yeux, n'est pas seulement un précepte de TEvangile : c'est une loi sociale. Avec S. Ambroise, avec S. Basile, avec S. Cyprien, avec S. Jérôme , avec tous les- Pères , il enseigne que le riche est plutôt le dispensateur que le maître de sa fortune , et que la consacrer exclusivement à son usage personnel , sans souci de ses sembkible^ dans l'indigence , c'est de sa part un détournement coupable et un vol 3. Gardons-nous de donner à cet enseignement une portée qu'il n'a pas, qu'il ne peut avoir. Lâchante édifie , elle ne détruit point Sans doute , dans la pensée de Jean et de tous les docteurs du Christianisme , le genre humain est une famille dont Dieu est le père commun et la terre le commun patrimoine. D'une part, il y a entre les hommes, comme entre les membres d'une famille , réciprocité de besoins et de services , de sorte (]u'aucun ne peut s'affranchir de l'aide des autres , et que le sort des autres ne peut être étranger à aucun. D'autre part , si le Père de tous a voulu que l'héritage de tous fût inégalement réparti entre quelques-uns , c'est pour donner aux plus favorisés les moyens de s'associer ^ à sa providence et de porter ses bienfaits où le besoin s'en fait sentir. Ainsi, la division de l'humanité en races, le partage de la

> Clirvs., ibid.

'^ S. Cyprian , f/« optr, et eleemos.j p. 237, etc. — S. Basil, hom, in diril.j i. 1, p. 337, etc., eihom. inavar. ibid.y p. "'28 (éd. de Paris, 1638). — S. Ant(., in ps. 147. n. tii, l. 4, p. 1658. — S. Grcg. Naz., or. 14, l. 1, p. 283.— S. Asler., hum. de Lniar. — S. Hier., ep. 54 el ep, 49, t. 4, aller, part., p. 585-5GG. — S. Greg. Nvssen., de paujer, et beneficent. oral. 1.— Chrys., Conc. i et 2 m LaMr.y t. 1 , p. 725, 730, 733. etc.

> S. Basil., hom* iti avar,, i. 1, p. 328.

»74 S. JEAN GHUTSQBTOME.

tdrrD en propriétés , ont pour oorreotif et pour condîtioii la charité y la obarité qui , en préseDce de toutes cas distinctions d^ortgine, de tontes ees inégalités de fortune, doit ramener sans cesse à l'unité. L'Évangile vint remettre en lumière cette loi méconnue ; il Tint l'inscrire dans la conscience humaine avec le sang de Jésus-Christ ; et non-seulement il la plaça en tête de son code divin , mais il voulut que tout dans ses enseignements et dans ses symboles la rappelât puissamment aux fidèles. Mon père, disait le Dieu fait homme , avant de quitter le séjour des hommes , je voua demande qu'ils smeni un comme nous sommes un i . L'unité non-seulem«)t d'origine » mais d'esprit et de cœur, l'unité par la charité , l'unité en Jésu^-Christ qui est charité 3, voilà la fin. L'assujettissement de tous au bien de chacun par raumtoe , qui est une forme importante de la charité , voilà le moyen. La charité , communion des âmes, est aussi la communion sociale ; tous versent dans ce grand trésor et tous y puisent , le riche comme le pauvre , le pauvre comme le riche ; tous en vivent y et celui que soo égoïsme exclut de cette grande communion, est également l'ennemi de Dieu , de lui-même et de la société.

Mais la charité qui impose des devoirs à tous ne crée des droits à personne. Le salut du riche est dans le bon emploi de la richesse , celui du pauvre dans le bon emploi de la pauvreté ; et comme l'un doit sanctifier la fortune par l'aumône , l'autre doit sanctifier l'indigence par la résignation. Apprendre aux malheureux dénués des biens d'ici-bas à aimer leur dénûment^, paraît aussi capital à Chrysostôme que d'apprendre aux privilégiés de la terre le détachement et la charité. Mais, témoin désolé et souvent indigné des misères et des scandales du siècle , il élève la voix et fait

< Joann., c. 17, v. 11, v. 22.

2 Wall., Ilist. de Tesclav., t. 3, p. 395.

s Chrys., in ep. adPhUipp, hom. 2, t. il , p. SOS.

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