CHAPITRE II
de ses études , dont il nous parlait tout-à-l'heure , dès qu'il avait su son retour aux fortes idées qui l'occupaient luimême , s'était rapproché de Jean , et le poussait dans cette voie'. «A peine, nous dit Cbrysostôme, eus -je relevé la tête au-dessus des vagues du monde , qu'il me saisit des deux mains. Et cependant nous ne pûmes retrouver notre ancienne égalité. Car , nous ayant précédés dans la carrière et s'y étant porté avec une grande ardeur, il s'élevait au-^lessus de moi et planait dans les hautes régions. Mais il était bon et prisait mon amitié. C'est pourquoi il s'éloigna de tous ses amis pour être assidûment près de moi : ce qu'il désirait depuis long -temps, et que mon insouciance l'avait
empêché d'accomplir Donc, en possession de l'objet
de ses vœux, après un long enfantement, il ne me quittait plus d'un instant , et m'exhortait sans relâche à fuir la maison paternelle , pour aller vivre tous les deux d'une vie commune sous le même toit > . »
En attendant ce jour, qui ne devait pas arriver, Jean dit adieu à Libanius et aux lettres , au forum et au théâtre , et, prenant, comme son ami, des vêtements de couleur sombre , il se livra d'esprit et de cœur à la lecture des livres saints '.
Le P. De la Rue dit , en parlant de Bossuet : « Il était déjà rempli des idées des poètes et des orateurs , lorsque Dieu disposa , comme par hasard , une Bible sous ses yeux , et lui Gt sentir si vivement l'élévation de cette divine parole au-dessus de tous les discours humains , que ce moment le frappa pour tout le reste de sa vie. Il demanda le saint livre , et ne cessa point de l'étudier ^ . >
1 11 serait superflu de faire remarquer qu'il s'agit ici d'un autre que S. Basile le Grand.
2 Cbrys., de 5acerd., 1.1.
' Pall., dial., c. 5. -— Socr., 1. 6 , c. 3. -»• Sozom , 1. 8 , c. 3. — Chrys., de Saeerd., 1. 1 , c. i.
* La Rue; voir aussi Ledieu, 1. 1, p. 1| et i^.
U s. JEAN GHRYSOSTOME.
Jean fit plus, peut-être. Dès qu'il eut goûté de cet aliment supérieur , non-seulement il ne voulut plus d'aucun autre , mais il bannit de son souvenir orateurs et poètes. Pas plus que Tivresse du monde dans sa vie , la littérature païenne ne laissa de trace dans son intelligence. Comme S. Grégoire de Nazianze , il eût pu se comparer au fleuve qui , selon le vulgaire , dit-il , roule ses flots d'eau douce à travers les flots salés de la mer, sans rien perdre de sa douceur < . Ce qu'on a dit de lui , qu'il faisait ses délices de la lecture d'Aristophane, jusqu'à le savoir par cœur, est dénué de tout fondement > .
Ce nouveau genre de vie et le désir du baptême mirent le jeune converti en rapport plus direct avec Mélèce, l'évêque d'Antioche. La riche nature de Jean frappa tout d'abord le regard expérimenté du pontife. Épris, ditPallade, de la beauté de cette âme , entrevoyant déjà , d*un regard prophétique , les consolations et là gloire q^en recevrait t Église^, il admit le catéchumène dans sa société intime, et voulut être lui-même son guide et son maître dans l'étude des livres saints.
L'influence de Mélèce sur la destinée de Jean fut trop grande , trop décisive , pour que nous puissions le passer sous silence, dans cette histoire. Arrêtons-nous un instant sur son nom, et disons quel homme c'était.
Né à Mélitène, dans la petite Arménie, Mélèce fut d'abord évêque de Sébaste. Mais n'ayant trouvé dans le peuple confié à ses soins qu'une indociUté désespérante , il s'accusa lui-même de l'insuccès de son zèle , et abdiquant un fardeau qu'il n'avait plus le courage de porter , il se retira à Bœrée , en Syrie , où il vivait dans un doux et profond oubli du monde et des hommes.
1 Greg. Naz., Carm. de mt. 9uâ, t 8 , p. 687. 3 Voir la note /> à la fin du volume. S Pall., dial. c. 6.