CHAPITRE II
L'église d'Antioche gémissait alors sous la tyrannie insolente des Ariens* Le dernier de ses évéques catholiques, S . Eusthate , victime des calomnies et des violences de la secte, était mort en exil, déjà depuis plusieurs années. Pontife d'une orthodoxie parfaite, aussi éminent par les vertus que par la science , d'un dévouement héroïque à la cause de la vérité , digne en tout de Tépithète de grand que Théodoret lui donne < , il avait confessé la foi sous les empereurs païens , et fut l'un des premiers à signaler et à combattre l'Arianisme. Il eut dans le concile de Nicée un rôle important , et après le concile il mit le plus grand zèle à en faire prévaloir les décisions. Les prêtres suspects de connivence avec Arius furent exclus de son clergé ; et soit du haut de la chaire , soit la plume à la main , il attaqua , avec un redoublement de vigueur , l'hérésie qui redoublait elle-même d'audace 3. Athanase n'eut pas de plus intrépide émule. Ni les intrigues, ni les fureurs des sectaires, ni leur crédit à la cour, ne l'empêchèrent de démasquer Eusèbe de Césarée, hypocrite corrupteur de la foi de Nicée.
C'était assez pour que la faction jurât sa perte. On l'accusa de sabellianisme , banale accusation jetée tour-à-tour à la face de tous les défenseurs de la consubstantialité; puis on s'en prit à ses mœurs. L'Arianisme ne reculait devant aucune infamie. Prétextant une visite aux saints lieux, et voyageant aux frais de l'empereur, Eusèbe de Nicomédie, avec un grand cortège de ses adhérents qu'il avait ramassés en route , se rendit à Antioche , où il entra en souverain plutôt qu'en évêque. Des misérables apostés et 'payés par lui l'abordèrent avec des dénonciations contre la foi et la vie d*£usthate. Malgré l'absurdité frappante de ces imputa-
< Théod., his., 1. 1 , c. 8 ou 7.
^ Théod., t6id. — Sosom., 1. 2 , c. 19. — Ghrys., him. in S, Euith., t. 8, p. 603.
56 S. JEAN CHRYSOSTOMË.
lions dénuées de preuve et se détruisant les unes les autres , malgré les protestations des évéques qui connaissaient Eusthate et de la ville entière qui vénérait ses vertus , ses ennemis , se faisant ses juges , le déclarèrent hérétique et de mauvaises moeurs , et le déposèrent « .
A la première nouvelle d'un acte si audacieux et si révoltant, le peuple s'indigna. On courut aux armes. Des magistrats , des officiers se mirent à la tôte du mouvement > .
Cette démonstration populaire compromit , au lieu de la servir, la cause du pontife. Les Eusébiens en prirent texte pour le représenter à Constantin comme un fauteur de sédition. La force intervint, et le pasteur arraché à son troupeau fut conduit en exil avec plusieurs de ses prêtres et de ses diacres. 11 mourut à Philippes, dans la Macédoine.
La chaire illustre qu'avait occupée S. Pierre , fut livrée à ce que l'intrusion avait de plus indigne et l'hérésie de plus furieux, aux Etienne, aux Léonce, aux Eudoxe. La division des catholiques aggrava la situation. Un grand nombre d'entre eux , croyant suivre en cela les conseils d'Eusthate ^ , résolurent , tout en gardant l'intégrité de leur foi , de se soumettre aux intrus. Les autres, c'était la portion la plus fervente , ne voulurent entendre d'aucune relation avec la secte , et sous la direction d'un prêtre vénérable , nommé Paulin, ils formèrent une église à part. On leur donna le nom d'Eusthaiiem.
Les choses en étaient là , quand Eudoxe , emporté par son ambition, abandonna le siège d'Antioche pour aller usurper celui de Byzance. On s'agita pour lui donner uo successeur. Ariens et catholiques s'unirent dans le choix de Mélèce. Ceux-ci aimaient la douce gravité de ses mœurs,
« Théod., 1.1 , c. 21.— Socr. , I. 1 , c. 24. — Sozom .1.8, c. 19. — s. Hier., apol. 2 adv. Ruf.
2 Eus., vit. Constant., 1 3 , c. 59. — Socr. et Sosoni , ibid, » Chrys.. ib.