‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 31 sur 282 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

mots à reprendre, excita de \iolents murmures et de vifs applaudissements. Les catholiques se félicitaient d'avoir trouvé enfin , après une longue attente , un pasteur intrépide et selon Jésus-Christ. Dès ce moment, ils renoncèrent à la communion des Ariens , c'est-à-dire à leur joug subi depuis long- temps. Ceux-ci, furieux d'avoir égaré leur choix sur un ennemi , poursuivirent Mélèce de calomnies et d'insultes , et se donnèrent un autre évêque dans la personne d'Euzoïus , le plus ancien et le plus intime des amis de l'hérésiarque'. Quant à l'empereur, il venait de recevoir une leçon solennelle et méritée. On lui avait dit nettement qu'en qualité de membre de TÉglise , il devait apprendre d'elle , non lui dicter ce qu'il fallait croire , et qu'au lieu de mettre fin aux divisions , il ne savait que les entretenir. Sa vengeance ne fut pas différée. Trente jours après son installation , Mélèce , condamné à l'exil , était enlevé de nuit à son troupeau et conduit en Arménie 2. Il laissait la pauvre église d'Antioche divisée et malheureuse plus que jamais ; car les Eusthatiens , que la profession de foi du nouvel évêque eût dû lui concilier, ne voulurent ni reconnaître son autorité , ni admettre dans leur communion ceux de son parti, dont la plupart, disaient -ils, avaient reçu le baptême de prêtres ariens 3 .

Le premier exil de S. Mélèce ne fut pas long. Le rescrit de Julien en faveur des prélats bannis par Constance le rendit à son église. Mais bientôt, à la douleur que lui causait la division des catholiques , se joignit un nouveau sujet d'affliction , dans le rétablissement du paganisme par l'empereur apostat. Il s'y opposa avec une vigueur vraiment épiscopale, assista dans leur martyre deux magnanimes

* Sozoiii.,1. -i, c. 28 —Théod. , 1. 2,c. 31.

^ Epiph., hœr. 73, n. 34. Ce que rapporte'S. Ghrysostôme d*un mouvement occaiionné par le départ de Mélèce , se rapporte , selon nous , & son troisième exil.

S Sotom., 1.4, c. 28.

soldats y BoDOse et Maximilien ' , et fut surtout accusé d'avoir sauvé des fureurs de son père un jeune homme qui , fils d'un prêtre des idoles , avait néanmoins embrassé le Christianisme*. Banni par Julien en 362, rappelé l!^nnée suivante par Jovien , il reprit , avec le gouvernement de son église, le fardeau de ses douleurs. Le schisme s'envenimait de plus en plus.

Cette déplorable situation affligeait profondément tous cqux qui avaient à cœur l'unité catholique. S. Eusèbe de Verceil et Lucifer de Calaris ouCagliari, persécutés et proscrits sous Constance, revenaient de la Thébaïde. Tous les deux avaient été légats du pape Libère au concile de Milan , et ils avaient la mission de représenter le chef de l'Église , soit dans le concile d'Alexandrie qui allait se tenir, soit dans les grandes mesures à prendre pour la pacification religieuse de rOrient 3 . Mais tandis que l'impétueux Lucifer courait à Antioche pour agir de lui-même , Eusèbe , plus calme , se rendait auprès d'Athanase et réclamait son intervention. Sous la présidence du grand patriarche , un concile fut réuni dans la métropole de TÉgypte , concile illustre , presque tout composé de confesseurs de la foi revenus de l'exil. Deux diacres de l'évêque de Cagliari , deux du prêtre Paulin , chefs des Eusthatiens d' Antioche, y étaient avec S. Eusèbe de Verceil et S. Astère de Pétra. L'assemblée résolut de recevoir avec une affection paternelle et de conserver dans leurs fonctions tous ceux qui avaient été engagés dans la communion des Ariens et même dans leurs erreurs , sans leur demander autre chose sinon de professer la foi de Nicée , et de condamner, avec l'hérésie arienne , celles de SabelUus et de Paul de Samosate , et tous ceux qui disaient que le Saint- Esprit est une créature et d'une autre substance que le

^ Act. martyr, f p. 664.

« Théod.,i. 3, C.U.

s Uobrbacb J. 3i,t. 6,p. 623.

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