CHAPITRE IL M
Fils. Cette décision du concile fut transmise aux catholiques de Syrie , dans une lettre où respirent Tinduigence et la charité, et que signèrent, avec S. Athanase et les évéques présents, les diacres de Lucifer et de Paulin. S. Eusëbe et S. Astère devaient la porter eux-mêmes à Antioche et en faire exécuter les dispositions.
La précipitation d'un seul homme rendit tant de sagesse inutile. L'évéque de Cagliari, qui avait précédé son collègue en Syrie, s'était flatté de terminer tout seul le différend des catholiques , et il y eût réussi s'il avait pu trouver un évéque agréable aux uns et aux autres. Mais voyant les Eusthatiens obstinés à écarter Mélèce , il consacra évéque leur chef, le prêtre Paulin . Cet acte accompli, en l'absence de Mélèce , sans la participation d'Eusëbe , et contrairement aux vœux du concile d'Alexandrie, aggrava le mal qu'il devait guérir, et devint le point de départ du schisme fatal qui désola l'église d'Antioche presque un siècle durant ' .
Les Méléciens blessés accusèrent Paulin de partager les erreurs de Sabellius et d'Apollinaire , ce qui était faux ; car Paulin était un homme doux , pieux , d'une doctrine aussi pure que sa vie , digne en tout de l'épiscopat et du titre de saint qu'on lui a donné. D'autre part, la charité de Mélèce , son esprit de conciliation , ses vertus admirées de tous , la persécution noblement endurée pour la foi , rien ne put lui faire trouver grâce auprès des Eusthatiens : « Puisque nos ouailles ont une même foi , disait-il amicalement à Paulin , rassemblons-les dans une même bergerie ; et si le siège épiscopal est cause de notre différend , plaçons-y le saint Évangile , et asseyons-nous aux deux côtés , les premiers au rang des prêtres : celui de nous deux qui survivra aura , après la mort de l'autre , la direction de
« Théod. ,1. 3, c 5.
ea s. JEAN CHRYSOSTOME.
tout le troapeaui.» Le parti de Mélèce approuvait cet arrangement , celui de Paulin le refusa.
De grands Saints se trouvèrent engagés dans cette querelle : S. Basile , S. Grégoire de Nysse, S. Grégoire de Nazianze , une foule de prélats renommés s'attachèrent inébranlablement à la communion de Mélèce. S. Athanase , S. Ëpiphaoe se déclarèrent pour Paulin , dont le parti était relevé par des lettres venues de Rome , qui lui accordaient le titre d'évêque et rejetaient Mélèce «. S. Jérôme, ordonné prêtre par Paulin, embrassa vivement sa cause. La confusion fut à son comble quand les disciples d'Apollinaire, quoique peu nombreux, voulurent aussi se donner un évéque, et mirent à leur tête Vitalis. C'est alors que le grand solitaire de Bethléem écrivait au pape Damase : « L'église d'Antioche , divisée en trois partis, s'efforce de m'attirer à elle. Moi, je m'écrie : S'il y a quelqu'un ici qui soit uni à la chaire de Pierre, je suis avec lui. Mélèce, Paulin, Vitalis prétendent qu'ils te sont unis. Je pourrais le croire si un seul le disait. Mais il y en a deux qui mentent , s'ils ne mentent tous. C'est pourquoi je supplie ta Béatitude de me faire savoir, par ses lettres, quel est celui avec lequel je dois communier 3. »
S. Basile, de son côté, ne réclamait pas avec moins d'ardeur, l'intervention du chef de l'Église romaine, comme le grand remède à tous les maux de l'Orient. « C'est mon avis, écrivait-il à Mélèce , que tu envoies un diacre à Rome, afin d'en obtenir des légats pour visiter l'Orient*»; et à S. Athanase : « 11 nous a paru convenable d'écrire à l'évéque de Rome qu'il considère ce qui se passe ici , et de lui conseiller d'user de son autorité*. » Et cependant, dévoué
1 Théodore! , 1. 5 , c. 3. — S. Ambroise attribue ceUe propositioD à Pauïin (fp. 13).
' Bas., fp. 2U.
> S- Hier., e\^. 16 ad Dam, * Ha s,, r/i. ml yU\. 80 a/mj^T.
^ /6i(/., fp. ti9 a/irtï ot.