CHAPITRE II
à Mélëce , il demandait qu'on lui réuntt toutes les parties de l'église d'Antioche. ^ Ce sont, disait-il au saint patriarche d'Alexandrie, les vœux de tout l'Orient, et je le souhaite en particulier, comme étant uni en toutes manières à cet homme désirable, dont la foi est aussi pure que la vie, auquel personne ne peut être comparé. On trouvera quelque expédient pour contenter les autres et apaiser le peuple. Vous n'ignorez pas, ajoute-t-il, que les Occidentaux, qui vous sont le plus unis , sont du môme sentiment « . »
Inutiles efforts : on s'éloignait de plus en plus de cette pacification que tous désiraient : c'est que l'opposition était entre des hommes d'une sainteté éminente. Mélèce, sincèrement catholique, avait donné des gages éclatants de la pureté de sa foi ; mais ordonné par les Ariens , on le soupçonnait d'en retenir quelque chose, et S. Athanase lui reprochait d'avoir mal répondu aux avances qu'il lui avait faites «. Paulin, d'autre part, était un homme exemplaire, vénéré des Ariens eux-mêmes ; mais il n'avait pour lui que la moindre portion des catholiques d'Antioche , et ses adversaires, nous l'avons déjà dit, lui imputaient sans fondement des opinions suspectes.
La question nouvellement soulevée des hypostases ajoutait à l'irritation des esprits. Il s'agissait de savoir si ce mot, appliqué aux personnes divines dans la sainte Trinité, n'avait pas l'inconvénient de ramener à Arius pour éviter Sabellius. La discussion n'eût été ni longue ni amère, si, comme S. Athanase et S. Grégoire 3, on se fût placé audessus des paroles pour s'attacher au sens. Mais la situation était tendue . « L aigreur s'en mêla, une minutie , dit S. Grégoire, devint un monstre, et le monde fut sur le point d'être mis en lambeaux avec des syllabes*. » On s'accusa récipro-
1 Bas., ep. 68 aliàs 50.
2 Ibid., ep. 57 aliàs 89 , el ep. 258.
3 Voir la note ^ à la fin du volume. . * Grég. orat, 21, n. 35.
64 S. JEAN CHRYSOSTOHE.
quement d'hérésie. Pierre, patriarche d'Alexandrie, et le prêtre Dorothée , envoyé de S. Basile et de S. Mélëce, eurent à Rome, devant le pape, une violente contestation. Dorothée manqua de respect à Pierre ; Pierre traita d'hérétique Mélèce d'Antioche et Eusëbe de Samosate , exilés l'un et l'autre dans ce moment. S. Basile en ressentit une grande peine et Texprima vivement : il accusait les Occidentaux d'orgueil, et de ne pas savoir la vérité dans les affaires d'Orient. « Jamais, ajoutait-il, on ne pourra nous persuader de méconnaître Mélëce, ni d'oublier l'église dont il est le chef.» D'autre part, S. Jérôme écrivait au pape : < On me demande si j'admets trois hypostases. Je demande ce que ces mots signifient ; on me répond que ce sont trois personnes subsistantes. Je dis que je l'admets ainsi: on prétend que cela ne suffit pas, on veut que je dise le mot. Nous crions tout haut : Si quelqu'un ne confesse pas trois hypostases dans le sens de trois personnes subsistantes , qu'il soit anathëme. Et parce que nous n'employons pas le mot sans explicaticm , l'on nous traite d'hérétiques. Nous disons, d'un autre côté : Si quelqu'un entendant par hypostase essence ne confesse pas une hypostase en trois personnes , il est étranger au Christ. Et l'on nous accuse de confondre les trois personnes en une. Décide donc, je t'en conjure... Ta grandeur m'effraie, mais ta bonté m'attire. Brebis, je demande secours au pasteur. Arrière donc, envie ! arrière, dignité et grandeur de Rome ! Je parle au successeur du pêcheur et au disciple de la Croix. Ne suivant d'autre chef que le Christ, je suis uni de communion à ta Béatitude , c'est-à-dire à la chaire de Pierre. Je sais que sur cette pierre a été bâtie l'Église. Quiconque n'est pas dans l'arche de Noé périt par le déluge... Je ne connais pas Vitalis, je rejette Mélèce, j'ignore ce qu'est PauUn. Celui qui n'amasse pas avec toi
1 s. bas, ep. 321 et 349 (éd. Paris).