‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 39 sur 282 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

une tunique de son pays : Aphraates la déposa sur un siège dans sa cellule; mais bientôt , comme si la présence de cet objet eût réveillé dans son âme un remords : « Serait-il raisonnable, s'écria-t-il , de renvoyer un vieux compagnon de ma solitude pour en prendre un nouveau , sous prétexte que ce dernier serait mon compatriote? Car j'ai bien résolu de n'avoir qu'un ami près de moi. — Non, répondit le visiteur. — Eh bien! reprends cela, poursuivit le vieillard, j'ai une tunique qui me sert depuis seize ans. La tienne est plus belle , la mienne m'est plus chère ; je ne veux pas en avoir deux < . »

UOronte baignait au nord le palais de l'empereur. Du côté du midi , un grand portique à deux étages , flanqué de deux tours, touchait aux mur^tilles de la ville. Entre le palais et le fleuve une route menait aux jardins suburbains 3. Du haut du portique, Valens aperçut Aphraates vêtu d'un pauvre manteau et se dirigeant à la hâte vers le champ de Mars : « Où vas-tu , lui cria le prince. — Je vais, répondit l'anachorète , prier avec mes frères pour la prospérité de ton empire. — Mieux vaudrait garder ta cellule, répliqua le César. — C'est ce que j'ai fait jusqu'à ce jour, ô empereur ! tant que les brebis du Christ étaient en sûreté. Mais à présent que des bétes féroces se jettent sur elles, je dois tenter tous les moyens pour les sauver. Dis - moi , ô empereur ! si j'étais une jeune flUe vivant dans le gynécée et gardant la maison de mon père, et que je la visse devenir tout-à-coup la proie dés flammes , devrais-je rester enfermée et laisser l'incendie dévorer tout , 8u me précipiter au - dehors pour crier au secours , pour apporter l'eau , et m'opposer au mal de mon mieux ? Ta réponse. César, n'est pas douteuse. Eh bien! C'est toi qui as mis le feu à la maison de mon père , et je cours

* Théod., Philolh., c. 8. — Vit. pair., p. 615. ^ /d., hjst., ]. 4, c. 26.

réteindre.» Yalens regarda le solitaire d'an œil menaçant et se tut « .

Les malheurs de la religion et l'oppression du monde réagissaient en sentiments douloureux sur Fàme généreuse et fiëre de Chrysostôme. Ce spectacle d'une société en lambeaux , dont Fesprit de secte , en dépit de TÉvangile , bâtait la décomposition, affaissée dans la servitude jusqu'à n'avoir plus conscience d'elle-même , heureuse de vivre au jour le jour, sous tous les jougs et sous tous les maîtres , devait faire mal à un cœur en qui la foi à l'homme-Dieu exaltait le sentiment de la dignité humaine , et le remplir de dégoût , d'amertume et de pitié.

Yalens , qui laissait les barbares s'avancer impunément jusqu'au cœur de l'empire et ravager la Thrace , du Danube à la Propontide , ne savait tourner ses armes et n'avait de cœur que contre les évéques catholiques et les philosophes païens. Ces derniers étaient devenus depuis peu le principal objet de ses fureurs , et voici à quelle occasion :

Deux misérables , Palladius et Héliodore , l'un empoisonneur , l'autre astrologue , et tous les deux voleurs des deniers publics , s'étaient rachetés d'une condamnation imminente en dénonçant une conspiration contre l'empereur. Sur leurs indications , on arrêta deux hommes de bas étage , espèce de devins , lesquels mis à la question déclarèrent que , de concert avec des personnes d'un rang plus élevé , ils avaient demandé au sort , au moyen de la magie , quel successeur il réservait au prince régnant. Le sort, disaient-ils, ayant répondu par ces quatre lettres , th, e, o, d, tous les assistants avaient prononcé le nom de Théodore. Or, l'un des grande officiers de l'empire portait alors ce nom. Homme de belle mine et de beau langage , joignant à une grande position de grandes qualités , païen surtout , et fort populaire parmi

> Tbéod.. hitt.,1. i, C.26.

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