‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 40 sur 282 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

les adeptes de la philosophie et du paganisme , il personnifiait, aux yeux de ces malheureux investigateurs de l'avenir, les promesses du destin; et toutes les espérances du polythéisme défaillant se tournaient vers lui , comme vers un autre Julien. Lui-même souriait à ces avances de la fortune ; absent au moment de la consultation , mais informé de la réponse du sort , il avait écrit à ses amis qu'il acceptait le présent des dieux et se préparait à remplir sa destinée . Au rapport qu'on fit à Yalens de l'affaire , sa férocité naturelle s'enflamma tout-à-coup comme un météore destructeur. Théodore mis à mort , elle se jeta sur ses prétendus complices. Une foule de grands personnages, tous les philosophes connus furent traités comme tels et livrés au dernier supplice. Maxime, le maître et le conseiller de Julien, eut la tête tranchée ; Simonide périt par le feu. Une multitude de tous rangs , englobée dans le filet de l'accusation , fatigua le bras du bourreau , pour le peu qui leur restait de vie après le fouet et la torture. Il y en eut d'exécutés pendant qu'on discutait encore s'ils iraient au supplice. Sans prendre la peine d'articuler une charge , on prononçait la peine de mort , et jeunes ou vieux , dispos ou perclus, marchaient ou étaient portés à l'échafaud. C'était une véritable boucherie. Antioche, inondée de sang, restait muette d'horreur. Chacun voyait le glaive suspendu par un fil au-dessus de sa tête. Une amulette de vieille femme, une recette absurde de philtre , un livre de magie trouvé dans une famille , la dévouait toute entière ait trépas. Les délateurs exploitaient à leur gré un genre d'accusation d'une portée indéfinie, et flattaient à la fois la vengeance et la cupidité du maître , lequel , do son côté , n'avait qu'une préoccupation , celle de voir une seule victime échapper à sa rage * .

• Am. Mire, 1. 19, n» 1 , 2. etc.— Eunap, in Max.-^ Zosim., 1. 4. ~ Soxom. , 1. 6 , c 35. — Socr. , 1. 4 , c. 19.

Pour donner aux massacres une couleur moins odieuse , dit Amnien > , on rassembla en monceaux des livres et des cahiers trouvés dans diverses maisons , et on les brûla publiquement comme traitant de sujets illicites, tandis qu'en réalité ce n'étaient guère que des ouvrages de littérature ou de droit. Non-seulement l'esprit chrétien fut étranger à ces excès 3 , mais les vrais chrétiens déploraient , à l'égal des païens, une tyrannie dont le joug sanglant n'avait pas cessé de peser sur eux. Seuls, de vils courtisans applaudissaient à ces fureurs , où s'engraissait leur fortune , et criaient à la faiblesse quand une voix , par hasard , se faisait entendre en faveur de l'humanité. Héliodore et Palladius étaient devenus les plus grands amis du maître , et méritaient de plus en plus son amitié par leurs infamies.

Chrysostôme conserva toute sa vie un douloureux souvenir de ces jours de terreur. « J'étais jeune alors , disait-il un jour sur la chaire de Constantinople. Un soupçon fatal plana sur Antioche ; on l'entoura de soldats , et l'on se mit à rechercher partout les livres de prestiges et de magie. L'auteur d'un de ces livres ayant jeté son ouvrage inachevé dans le fleuve fut pris et sommé de le donner, ce qu'il ne put faire. Chaîné de chaînes , on le traîna en prison , en attendant la mort qu'il ne tarda pas à subir. En ce moment, je me dirigeais avec un de m'es amis vers un oratdre de martyr, situé dans les champs, et nous traversions les jardins qui bordent l'Oronte. Mon compagnon voyant quelque chose flotter sur l'eau s'approcha et le saisit : c'était un livre. Je me mis à lui contester en riant la propriété de sa trouvaille. Voyons , dit-il , ce que c'est , et , dès les premières lignes, il reconnut des signes de magie. Un soldat passait à notre côté. Mon ami, tremblant de frayeur, cacha le livre. Qui nous aurait crus , quand nous aurions affirmé que ce

* Amn., 1. 29.

^ Dcugiiot, Hisl. de la décad. du paganisme, t 2, p. 25

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