‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 4 sur 282 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

modestie , d'abnégation , de charité , qu'elle faisait éclore de toutes parts. Avec un noble orgueil de mère , elle pouvait montrer à ses ennemis , comme à ses amis , les talents , les vertus y le courage , le dévouement de presque tous ses pontifes , l'antique ferveur, l'incorruptible fidélité d'un grand nombre de ses enfants. Et néanmoins , dans son sein même , que d'âmes secrètement vouées à l'idolâtrie ! En vain avaiton dépouillé celle-ci de ses privilèges publics : il lui restait ses séductions intimes. Toutes les faiblesses humaines étaient de son parti. Ses temples déserts ou fermés, elle gardait les cœurs , d'où , comme d'un réduit imprenable , elle opposait à l'ennemi triomphant une résistance muette et passive, plus difficile à vaincre que la résistance légale et armée. Des hommes , dont la persécution eût fait des martyrs , énervés par la paix, retombaient, sans y songer, sous le joug méprisé de l'idolâtrie. Ils se moquaient de Jupiter, de Vénus , de Mercure , et volontiers ils se fussent rués sur leurs autels pour les briser ; mais les vices déifiés sous ces noms recevaient leur secret encens^ et demeuraient les dieux de leur vie. A côté du spectacle consolant et sublime des travaux de l'apostolat , des immolations de la charité , des saintes associations des vierges et des veuves consacrées au service des malheureux , des mœurs graves et douces de la famille chrétienne , sanctuaire de pureté et de dignité , à côté des magnanimes exemples des Paule , des Mélanie , des Olympiade ; au milieu du mouvement spiritualiste qui emportait au désert , sur les traces des Hilarion et des Antoine , les âmes lasses du monde, éprises d'un ardent amour des choses du ciel ; tandis que les lois se modifiaient visiblement au souffle de l'Évangile , et que de nouvelles institutions, empreintes de son esprit , attestaient son influence croissante , on rencontrait à chaque pas le paganisme avec ses souvenirs tenaces, ses fêtes licencieuses, ses vieilles superstitions, son égoïsme, sa luxure, ses vices, sa dureté. L'usure,

l'esclavage, Tamphithéâtre , une foule d'usages horribles d'immoralité ou de cruauté , survivant aux dieux qui les avaient inspirés , aux édits qui les proscrivaient , formaient un contraste scandaleux avec les enseignements de la religion nouvelle, insultée et défiée dans son triomphe.

Il j avait encore trop de sang païen dans les veines du peuple , trop surtout dans celles des princes. Constantin immolait son fils aux fureurs de sa femme , et sa femme au souvenir de son fils. Constance asseyait son trône sur lès cadavres sanglants de ses oncles , de ses cousins , des principaux'officiers de son père. Yalentinien nourrissait de chair humaine deux ourses qu'il traînait partout avec lui. La trahison et l'assassinat étaient la politique deValens. Gratien inaugurait son règne par l'injuste supplice du défenseur le plus vaillant et le plus dévoué de l'empire, du père de Théodose ; et Théodose lui-même , l'ami d'Ambroise , ordonnait le massacre de Thessalonique. D'autre part , la fortune des parvenus , fruit de la délation ou des concussions , avait des insolences et des scandales inouïs. Quelques-uns possédaient des provinces entières, dépensaient des millions de sesterces dans une orgie , et , plutôt que de retrancher de leur faste ou de leurs débauches , réduisaient leurs fermiers désespérés à mourir de faim ou à se faire esclaves. Des pères endettés vendaient leurs fils pour satisfaire d'impitoyables créanciers. On vit des riches , des puissants , exiger sans scrupule leur prétendu droit de mettre à mort leurs esclaves, et de prendre pour concubines les filles de ces infortunés. L'impôt écrasait les campagnes livrées au brigandage des exacteurs. Tout était anarchie et confusion : et à tant de désordres l'ignorance et la superstition en ajoutaient un autre. En dépit des lois terribles portées contre elle , les païens les plus éclairés s'adonnaient à la magie et célébraient son efficacité. Beaucoup de chrétiens en étaient là. Us croyaient aux présages, consultaient le vol des oiseaux, attachaient au

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