‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 5 sur 282 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

COU , aux mains de leurs nouveaux-nés les plus étranges amulettes , et substituaient aux prescriptions de la science , dans leurs maladies^ les charmes et les enchantements. S. Basile, S. Ambroise, S. Astère, S. Chrysostôme nous out laissé , des mœurs de leur temps , des peintures si affligeantes , qu'on se demande avec tristesse ce qu'était venu faire TÉvangile dans une société si rebelle à ses enseignements, si incapable de le comprendre. Orgies, débauches, vices infâmes , superstitions ridicules , amour insatiable de l'argent , aplatissement des caractères , servilité honteuse , dureté cruelle envers les pauvres et les petits , voilà ce qu'on rencontre presque partout à chaque pas. Dans les villes , les mendiants encombrent les rues , où , sur leur char d'or ou d'argent , attelé de mules blanches , d'indolentes matrones , couvertes de pierreries , suivies d'un interminable cortège d'eunuques et de valets, courent de TégUse à l'hippodrome , du théâtre au bain. Le même peuple , qui le matin entoure les autels du Christ et applaudit à outrance les orateurs sacrés , le soir rempUt les cirques , se passionne pour des cochers , et , malgré les édits impériaux , encourage d'une faveur frénétique les combats prohibés des gladiateurs. Les vertus éclatantes des vrais chrétiens font ressortir la dégradation des autres. Des lois sages améUorent le sort des esclaves , donnent des médecins aux pauvres , adoucissent les inflictions criminelles, ordonnent la salubrité des prisons , protègent les droits de la femme et la vie des petits enfants , s'efforcent de rendre au mariage sa dignité : elles annoncent le glorieux lever d'une civilisation nouvelle , mais en présence d'une civiUsation funeste , toujours debout quoique sapée dans ses bases, écrasant de son poids toute aspiration vers un ordre meilleur. Les barbares , se précipitant à grands flots sur l'empire , aggravent cette situation , de tous les maux qu'ils traînent avec eux. De là , ce cri de Salvien : « Je ne sais , ô Église de Dieu !

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comment il se fait que ta propre félicité se tournant contre toi y tu aies ramassé presque autant de vices que tu as x)nquis de nations. *La foi s'est amoindrie à mesure que le nombre des fidèles s'est accru , et nous te voyons épuisée par ta fécondité , appauvrie par tes richesses , affaiblie* et abattue par tes propres forces ! * »

Ainsi y la grande victoire qui avait donné l'empire au Christianisme ne lui donnait pas le repos. La carrière ouverte à son ambition est hérissée d'obstacles et d'ennemis. Il n'échappe à une épreuve que pour tomber dans une autre. Sa destinée est la lutte. Or , le plus grand effort de cette lutte, sans trêve et sans fin, incombait peut-être au IV® siècle. Il ne s'agissait plus, en effet , d'obtenir pour le vrai culte de Dieu la Uberté que les martyrs avaient achetée de leur sang, ni de jeter à terre de vieilles idoles vermoulues qui tombaient d'elles-mêmes, dès que la main du pouvoir leur retirait son appui. Vainqueur du polythéisme, assis sur le trône des Césars, l'Évangile avait beaucoup à faire pour que sa sainteté devint la conscience du monde dont sa doctrine était le flambeau. Il avait à lutter contre l'ignorance , la superstition , les habitudes invétérées , les passions ennemies de son joug , l'invincible penchant de toute chair au plaisir et à la mollesse « , contre l'invasion subreptice et incessante du paganisme dans l'âme humaine , autant que contre l'invasion violente et sanglante des barbares dans la société. Il avait à consoler le monde d'une longue oppression ; à verser sur des blessures anciennes , profondément ulcérées, des trésors d'espoir et d'amour; à guérir des cœurs malades ; à briser des chaînes pesantes ; à remplacer une législation atroce par un système complet de lois justes, douces ^ empreintes de son esprit ; à arracher du sol et des mœurs cette vieille civilisation , aux inextri-

* Salvien , adEcc. cath, , 1. 1» n. 1. s Chrys., de S. Babyld , no 8.

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