‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 41 sur 282 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Tolome venait de tomber par hasard dans nos mains? On emprisonnait les gens môme les moins suspects. Nous ne savions quel parti prendre. Dieu nous sauva de ce péril > . •

Cette situation déplorable attristait Jean de plus en plus, et redoublait dans son âme le dégoût du monde et le désir de la solitude. Trop jeune encore pour être d'un secours efficace àTéglise d'Antioche, il ne songeait qua s'éloigner de ce théâtre douloureux d'oppression, d'injustice et de lâcheté. Basile, son ami , l'entretenait dans ces sentiments. Pas un jour ne s'écoulait sans que les jeunes enthousiastes n'eussent ensemble quelqu'un de ces entretiens où leurs cœurs se mêlaient et se confondaient dans une ardente aspiration vers cette vie de contemplation et d'extase , loin des hommes, dans le silence auguste du désert, en face de la nature et de ses grandeurs , sous le seul regard de Dieu. Un projet fut concerté entre eux ; ils allaient quitter la ville et s'enfuir dans les montagnes, pour y mener la vie des ascètes et s'abandonner à la sainte passion qui les dévorait ^ .

Le secret de ce dessein , couvé sous l'aile de l'amitié , fut surpris par la mère de Jean. Sa tendresse s'alarma. Vêtue de deuil, le visage pâle, elle entra chez son fils , le prit silencieusement par la main , et l'ayant conduit dans sa chambre, le fit asseoir à son côté^ près du lit où elle l'avait mis au monde. Après quelques instants employés à le regarder et à pleurer : « Mon fils , dit-elle , je n'ai pas joui long-temps des vertus de ton père : telle fut la volonté de Dieu ! Sa mort , qui suivit de près ta naissance , nous laissa, toi orphelin, moi veuve de trop bonne heure, avec ces difiicaltés du veuvage que celles-là seules peuvent comprendre qui les ont éprouvées. Non, aucune parole ne peut

' Chryt., hom. 38 m Ad , t. 9, p 293 — Dans bod livre ad vid. junior. y il raconte la mort de Théodore, comme un des plus tristes exemples de l'inconstance des choses humaines.

« DeSacetd ,1 1, c. 1 et 2.

80 S. JEAN GHRYSOSTOHE.

dire dans quel tourbillon , dans quelle tempête se trouve jetée une jeune enfant , lorsque , sortant à peine du toit paternel et sans aucune expérience des affaires, elle est frappée tout-à-coup d'une horrible douleur, et condamnée à des sollicitudes au-dessus de son âge et de son sexe. Il lui faut avoir Tœil ouvert sur ses serviteurs , se garder contre les mauvais desseins de ses parents , supporter avec courage les vexations et la barbarie des percepteurs de l'impôt. Quand un père en mourant lui laisse une fille , c'est pour elle un souci très-grand , exempt néanmoins de fortes dépenses et de craintes ; mais un fils , quelles appréhensions , quelles sollicitudes il cause à sa mère , sans compter ce qu'il en coûte pour lui donner une éducation libérale ! Tu Tas vu , mon fils , aucun de ces embarras ne m'ar fait penser à un autre mariage , ni à introduire dans la maison de ton père un autre époux. J'ai affronté seule l'orage, et n'ai point cherché à fuir le creuset de fer de la viduité. D'abord , un secours céleste me soutenait; ensuite, j'éprouvais beaucoup de consolation à te voir sans cesse , et à contempler dans tes traits la vivante image de mon mari qui n'est plus. Oui , tout petit encore , avant que ta langue pût prononcer un mot , âge où les enfants font les délices de leurs parents , tu fus pour moi une grande consolation. Et tu ne peux pas dire qu'ayant supporté courageusement la perte d'un époux , j'aie amoindri, dans les difficultés du veuvage, les biens laissés par ton père , malheur que bien des pupilles ont éprouvé. Tu as reçu ton patrimoine intact. Cependant, pour t'élever d'une manière honorable, je n'ai reculé devant aucun sacrifice , et c'est sur mes biens , sur la fortune apportée de la maison de mon père , que j'ai pris ces dépenses. Certes , si je rappelle ce que j'ai fait , ce n'est pas pour te le reprocher. Mais, en retour, je te demande une seule grâce: ne me rends pas veuve une seconde fois ; ne réveille pas une douleur assoupie. Attends ma mort; peut-être viendra-t-elle

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