CHAPITRE m. 9i
chait. Le mont de Sion, la vallée de Josaphat s'emplissaient d'hôtes illustres apportés de loin par la vague des tempêtes , ou chassés par les premières raffales de Fouragan. Ils venaient chercher dans le silence sacré de ces lieux , dans la grotte bénie où naquit le Sauveur des hommes , le salut qu'il avait promis à la terre , un peu de cette paix annoncée par les anges et toujours plus exilée d'ici-bas. Des prélats, des confesseurs de la foi , des hommes éminents versés dans la science de l'Évangile se rendaient aussi de tous côtés à Jérusalem, persuadés, dit S.Jérôme, qu'il eût manqué quelqw chose à leur vie s'ils n'avaient adoré le Maître divin dont ils professaient la doctrine , à l'endroit même où son regard mourant avait tracé la route du ciel à l'humanité du haut de la croix * .
Jean raconte que , de son temps , l'univers tout entier accourait à Bethléem pour voir le lieu où le Sauveur était né , où son divin corps avait d'abord reposé ^ . Gomment lui , avec son christianisme ardent et tendre , eût-il résisté à cet entraînement universel vers les sources sacrées de l'Évangile? Rien sans doute ne restait plus de la cité de David; mais la charrue de Titus , qui avait effacé jusqu'au dernier vestige du temple , avait respecté les souvenirs des chrétiens. Le rocher suintait encore le sang du Christ. La vertu qui s'exhalait autrefois de ses vêtements et qui guérissait les malades , s'exhalait encore , en parfum d'amour et de piété , de cette terre si privilégiée et si désolée. Ce parfum , l'àme de Chrysostôme devait l'aspirer et le goûter plus qu'une autre. Avec quelle effusion il pria sous ces arbres qui avaient entendu la prière du Christ , prêté leur ombre à son agonie ! Lui , qui ne pensait pas sans tressailUr aux chaînes de S. Paul, qui eût tant voulu les voir, les toucher, faire le voyage de Rome pour baiser la cendre vénérée de l'Apôtre,
^ s. Hier., epist.^ t. 4, ait, p., p. 550. 2 Chrys., t. 1, p. 561.
quel transport il dut éprouver devant ces reliques augustes du Seigneur , cette croix imbibée de son sang , qui avait reçu son dernier soupir, qui semblait redire encore ses dernières paroles , ce sépulcre , berceau d'une nouvelle humanité , qui avait gardé trois jours le cadavre divin , rançon de notre salut ! Il crut embrasser les pieds du Sauveur en baisant cette pierre qu'il avait touchée, cette terre qui l'avait porté ; prier avec lui en priant sur cette colline où il avait prié , où il était mort ; le voir lui même en voyant les lieux qu'il avait vus , qu'il avait rendus témoins de ses prodiges, de ses vertus, de ses douleurs. Jean garda toute sa vie une impression douce et sainte de ce voyage. Nul doute que son amour pour Jésus-Christ n'ait pris là quelque chose de plus tendre , de plus passionné , qui se montre dans ses discours comme le cachet de sa piété.
Quoi qu'il en soit , sa grande âme se révélait de plus en plus, et comme il arrive toujours aux vertus supérieures , la sienne entraînait dans son orbite tous ceux qui avaient quelques rapports avec lui. L'impulsion qu'il avait reçue de Basile , il la transmit à deux autres de ses amis , Théodore et Maxime. Élèves de Libanius comme lui, ils avaient débuté, non sans succès, dans la carrière des honneurs. Mais en voyant celui de leurs compagnons d'étude , qui les surpassait tous en talents, renoncer avec tant de courage aux plus brillantes espérances , • ils éprouvèrent une telle impression , qu'ils voulurent , eux aussi « , quoique âgés tout au plus de vingt ans , dire adieu au monde , pour embrasser ce qu'on appelait alors la philosophie chrétienne, c'est-à-dire la vie solitaire, et entrer dans cette voie des abaissements , de la pauvreté , de l'abnégation , où se précipitaient les âmes aimantes et généreuses : voies de la paix et du salut pour elles , voies de la régénération
^ Socr., 1. 6, e. S» ~ Sosom., 1. 8, e. i.