CHAPITRE m
vation. Et qu'y a-t-il de plus haut, de plus sûr, que de s'attacher à une seule pensée : plaire à Dieu? Tu as vu bien des naufr^es , Théodore; fuis la mer, redoute ses caprices ; cherche une position où la vague ne puisse monter jusqu'à toi. Le jour du jugement viendra. En quittant ce monde , nous aurons tous à comparaître devant le tribunal de Jésus- Christ. Non, la menace des supplices étemels n'est pas une vaine menace , ni la promesse des biens infinis un mensonge. . . Les joies d'ici-bas ne sont qu'une ombre : elles n'apportent avec elles que périls, soucis, servitude. Je t'en supplie , ne sacrifie pas du même coup le bonheur du présent et celui de l'avenir, quand l'un et Vautre sont à toi , si tu le veux < . » «Reprends, lui dit - il ailleurs , le chemin du salut. Ce que je te demande , ce n'est pas de remonter tout d'un coup au faite de la vertu , mais de ne pas ajouter à tes maux déjà si grands. Pourquoi hésiter? Pourquoi t'enfoncer davantage? D'autres ont vécu dans ces délices, dans ces enivrements , dans ces mensonges de la vie présente : où sont-ils maintenant ? Tant de jeunes hommes qui étalaient leur orgueil sur le forum , au milieu de nombreux amis , qui se vétissaient de soie , se couvraient de parfums , nourrissaient des parasites, ne quittaient pas le théâtre, où sont-ils? Qu'est devenu ce grand étalage? Les repas de grand prix, les musiciens, la clientèle des flatteurs, les rires fous , cet abandon de Fâme , cette vie molle , oisive , livrée au luxe et au plaisir, qu'est devenu tout cela? Qu'ontils fait de ce corps servi avec tant d'empressement , soigné avec tant de recherche ? Viens au tombeau : regarde cette poussière , ces cendres , ces vers , la hideur de ce lieu , et soupire ! Encore si tout finissait là ! Mais du sépulcre et des vers , porte ta pensée à ce ver immortel , à ce feu inextinguible , à ces ténèbres sans fin , à ces douleurs sans
< Chryi., t. i, p. iO.
9« S. JEAN GHRTSOSTOME.
consolation , à cette parabole du Lazare et du Riche , qui implore , sans l'obtenir, une goutte d'eau i ! >
Après quelques mots profondément sentis sur ces supplices étemels et ineffables , il élève au ciel ses regards et les repose avec complaisance sur le bonheur des élus. «Quoi! s'écrie -t- il, pour nous épargner la peine d'un moment, nous renoncerions à cette immortelle félicité! Pour moi, quand il me faudrait mourir mille fois par jour, souffrir même l'enfer pendant quelque temps, je regarderais cela comme rien , pourvu que je pusse voir Jésus-Christ dans sa gloire et être mis au nombre des Saints ^ ! >
S. Germain, patriarche de Constantinople , victime des iconoclastes , aimait à répéter, au milieu de ses épreuves , ces paroles de son illustre prédécesseur.
Chrysostôme continue : « Écoute , dit -il à son ami , ce mot de S. Pierre sur le Thabor : Seigneur ^ nous sommes bien ici. Que si une vue rapide et obscure de la gloire du ciel ravit l'Apôtre et lui, fait tout oublier, que sera-ce quand la vérité elle-même sera devant nous ; quand , les portes de la demeure royale ouvertes , il nous sera donné de voir le roi lui-même, non plus en énigme et comme dans un miroir, mais face à face , non plus par la foi , mais en réalité? Bien des gens , absurdes dans leur manière déjuger, ne souhaitent que d'échapper aux supplices de l'enfer ; pour moi , je regarde c^mme un moindre malheur d'être condamné à l'enfer, que d'avoir perdu le ciel et d'être privé de sa gloire ^ ! >
« Je sais , poursuit le pieux écrivain mettant le doigt sur la plaie, que la beauté d'Hermione te ravit. Tu ne vois rien sous le soleil qu'on puisse lui comparer. Mais toimême , mon ami , si tu le veux , tu l'emporteras sur cette
* Ghrys.. p. i«. ,
9 /6td., p. 16.
» /Wd.,p.n.