‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 50 sur 282 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

beauté , autant que la statue d'or l'emporte sur celle d'argile. Qu'est-ce que la beauté du corps, qui passe si vite, en comparaison de celle de Fâme , qu'il nous est donné de rendre tous les jours plus parfaite , et par laquelle nous

pouvons rivaliser de splendeur avec les anges? Si tu

pouvais la voir celle-là , combien l'autre te paraîtrait méprisable! C'est elle qu'il faut aimer, qu'iUfaut obtenir à tout

prix t ! Ne songe pas à couvrir tes erreurs du voile du

mariage. Sans doute, c'est une chose légitime que le mariage , mais pour l'homme qui est libre encore : tu ne l'es plus. Ton âme a été mariée au céleste époux. Rompre ces

liens sacrés, c'est être adultère Si tu n'étais qu'un

simple chrétien , personne , à coup sûr, ne t'accuserait de désertion. Mais tu ne t'appartiens pas, enrôlé que tu fus sous les drapeaux d'un empereur qui est Dieu. Tu n'es plus maître de ton corps , et , de quelque nom que tu veuilles couvrir ton union avec une femme, elle sera toujours criminelle > .

» Pense à tes amis , à Valérius , à Porphyre , à Florentins ; . . . . ils déplorent ta chute ; ils prient sans cesse pour ton retour, et déjà ils l'auraient obtenu si tu voulais t'arracher quelque peu aux mains de l'ennemi. Est-ce donc que celui qui est tombé ne peut se relever ^ ? C'est un oracle divin : veux-tu le faire mentir ? Non , je t'en supplie , ne trompe pas nos espérances; ne pousse pas à bout notre douleur *. Prends pitié de nos larmes. Oui, nous pleurons; car nous avons fait une perte immense , . . . . et si une lettre pouvait contenir des soupirs et des pleurs , celle-ci en serait toute pleine * . »

Puis , craignant d'avoir frappé trop fort et d'aboutir au

> Ibid,, p. Î2.

3 Ihid., p. 38.

3 Jeren). ,8,4.

* Chrys. , ibid. , p. 39.

» Ibid. , p. 35.

désespoir pour exciter le repentir , il s'efforce de prémunir son ami contre cette réaction dangereuse de l'âme sur ellemême , au moment où elle commence à comprendre la grandeur de sa chute. En médecin habile , il tempère l'effet trop vif de remèdes puissants, parle avec effusion des miséricordes de Dieu , ouvre à son regard les trésors du pardon; et par le% paraboles de TÉvangile qu'il rappelle, par des exemples frappants qu'il cite , lui démontre que le découragement serait la pire des fautes , qu'une pénitence courageuse produit des merveilles , et que , pour être tombé bien bas, il n'en est pas moins sûr, s'il le veut , de reprendre son rang entre les amis les plus chers de Dieu • , et d'obtenir auprès de lui tant de crédit par ses vertus que les autres même trouvent un protecteur dans celui qui n'était tout-à l'heure qu'un criminel. Il termine ainsi: « L'arme la plus dangereuse de Satan , c'est le désespoir : brise-la dans ses mains; crois à la bonté divine, et tu seras sauvé. J'ai dépassé sans doute les bornes d'une lettre : daigne le pardonner à ma tendresse et à ma douleur. On me disait de tous côtés : peine perdue , tu sèmes sur les pierres ! Je n'ai prêté l'oreille à aucun de ces propos. J'ai l'espoir, pensé-je en moi-même , que mes lettres seront utiles ; mais , ce qu'à Dieu ne plaise ! s'il en était autrement , mon silence , du moins, ne me sera pas imputé à crime. Ne soyons pas plus durs que des matelots. A la vue d'un navire en perdition, ils arrêtent le leur, jettent l'ancre, lancent leur chaloupe, et font tout pour sauver des hommes souvent inconnus , qui n'ont d'autre titre à leur intérêt que le péril où ils sont. Les malheureux s'obstineraient à leur perte, qu'il y aurait toujours du mérite à se dévouer pour eux. Voilà ce que je fais , je cours à ton aide autant que je peux ; j'espère qu'avec la grâce de Dieu tu feras , toi aussi , de

1 Chrys., p. 34 eipassim.

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