CHAPITRE III
généreux efforts pour échapper à ta perte , et que bientôt nous te retrouverons plein de vie et de force dans le troupeau du Christ , unissant tes prières à nos prières. 0 tête bien-aimée ! souviens-toi de nous , et si ton cœur ne nous a pas complètement oubliés , écris-nous bientôt , et que ta lettre nous comble de joie « . »
Ce noble et affectueux langage , ce mélange d'ascétisme et de philosophie , de hautes considérations et de pieuses insistances , de saintes rudesses et de consolations , de menaces et d'encouragement , de sévérité et d'indulgence , cette conviction, cette charité, ces prières, ces larmes produisirent leur effet. Ce premier essai du jeune ascète fut aussi le premier triomphe du grand orateur. Théodore, tout épris d'une passion funeste , ne put résister aux supplications de son ami. Dieu et le remords lui parlaient d'ailleurs comme l'amitié. Il s'arracha tout en pleurs , quoique bien jeune encore , aux charmes qui le capinaienl , et reprit le joug sacré. Devenu le com[)agnon assidu de celui dont il était la conquête , ils se hvrèrent ensemble , avec Basile et Maxime, aux travaux sérieux de l'exégèse sacrée 2, 0(1 ils portaient toutefois un esprit bien différent. Théodore, qui écrivit plus tard un livre intitulé : De l'allégorie et de l'histoire contre Origène ^, exagérant jusqu'au rationalisme le plus hardi la méthode de Diodore de Tarse, et repoussant le flambeau de la tradition pour le hbre examen , se jeta dans les plus grands écarts. Mais, caractère faible autant qu'imagination aventureuse, il masquait ses erreurs, les rétractait au besoin et se fit un nom par ses prédications et son zèle contre les partisans d'Arius et d'Apolhnaire. Devenu évèque de Mopsueste enCilicie, il fut le maître de Nestorius, le protecteur des premiers Pélagiens , et l'on a signalé avec raison , dans
» Ibid., p. 41-42.
'^ Sotom,, I. 8, c. 2.
3 TiHem. , t. 12, p. 438.
iOO s. JEAN GHRYSOSTOME.
ses écrits , la source empoisonnée d'où sortirent le Pélagianisme et le Nestorianisme. Il est le véritable antear , le père de l'un et de l'autre. Les sociniens, les rationalistes modernes doivent saluer en lui leur plus ancien précurseur et leur patriarche. Grâce à sa dissimulation , il mourut dans la paix de l'Église et la possession de son siège ; mais sa mémoire , non moins orageuse que sa jeunesse , fut solennellement condamnée dans le cinquième concile général < .
Jean conserva toujours ^ un bon souvenir de Théodore. Mais l'amitié pieuse qui avait inspiré de si belles pages au jeune écrivain, n'égara jamais le pontife sur les dangereuses traces de son ami. L'oi^ueil de l'un avait trouvé dans l'école d'Antioche des écueiis que la foi humble et ferme de l'autre n'y pouvait rencontrer , et la doctrine de Jean fut toujours aussi pure que sa vie ^ .
< Mari. Mercat. , Mign. palr.^ t. 48. p. 258 et 1043, 1063 ei passitn.
^ Chry8.,ep. t. 3, p. 655.
3 Bo8S., Def. delà trad., œuv.t. 5, p. 198, éd. de Vers.