CHAPITRE QUATRIÈME
Jean et Basile appelés à l'épiscopat. — Sainte terreur qu'inspirait cette dignité. — S. Martin, S. Ambroise, S. Paulin. ^ Ordination de Basile.— Jean se dérobe au fardeau imposé à son ami. — Plaintes de celui-ci. — Réponse de Jean. — Dialogues sur le sacerdoce. — Date de ce livre. — Difficultés qui entourent l'épiscopat. — Vertus qu'il exige. — Pouvoir de lier et de délier. — Le prêtre à Tautel. — Abus dans les élections ecclésiastiques. — Paroles amëres de S. Grégoire de Nazianze. — Science et éloquence nécessaires à l'évoque. — S. Paul — Conclusion du livre du Sacerdoce, — Lettre de S. Isidore de Peluse. — Diverses opinions sur rinterloculeur de ces dialogues.
Nous arrivons à Tannée 374. Tandis qu'à Milan une acclamation populaire faisait Ambroise évêque , à Antioche une réunion de prélats appelait Jean et Basile à l'épiscopat. La nouvelle inattendue de cette promotion jeta les deux amis dans un trouble indicible.
Il faut voir dans les écrits de cette époque ce qu'était le sacerdoce aux yeux des hommes les plus éminents , et combien ils en redoutaient le fardeau. Pas de pieux stratagème qu'on n'employât pour se dérober à cette haute responsabiliié. On prenait la fuite ; on se calomniait soi-même pour dépister l'estime publique , pour dérouter une candidature menaçante. L'intrigue, si l'on peut dire ainsi, s'exerçait en sens inverse de l'ambition : c'était l'intrigue de la modestie , la cabale de l'humihté. On s'agitait, on suppliait pour se faire exclure, pour être déclaré incapable, pour échapper, n'importe comment , à une dignité dans laquelle on ne voyait que le péril des périls. Il fallait employer la contrainte visà-vis de cette poltronnerie magnanime , poursuivre dans leur
i02 s. JEAN GHRYSOSTOME.
retraite ces nobles fuyards , amener de force à l'autel ces touchantes hosties, qui, après avoir reculé devant le sacrifice, se dévouaient avec le plus complet abandon.
S. Martin fut arraché à son monastère , et conduit à Tours, sous bonne garde, comme un criminel au supplice. S. Ambroise essaya de se faire passer pour cruel, et, n'ayant pas réussi , il sortit nuitamment de la ville , où la Providence le ramena malgré lui. S. Paulin ne se laissa élever aux ordres qu'après une résistance désespérée , et sous la pression du peuple qui faillit Tétouffer. Mais laissons parler Chrysostôme :
« Aussitôt que j'eus connaissance du projet des évêques , je fus frappé de crainte et de surprise : crainte qu'on n'employât contre moi la violence ; surprise , car je ne pouvais m'expliquer comment les Pères électeurs avaient été conduits à de telles vues sur nous. Plus je m'examinais moimême , moins je me trouvais digne de cet honneur. Mon généreux ami, étant venu me trouver en particuUer, et m'ayant communiqué la nomelle comme si je l'ignorais , me pria de ne rien faire cette fois encore que d*un commun accord entre nous , prêt à me suivre dans le parti que je prendrais , qu'il fallût fuir ou céder.
> Sûr de ses dispositions et convaincu que je porterais un grand préjudice à l'Église si , à cause de ma faiblesse , je privais le troupeau de Jésus-Christ d'un pasteur si capable de le gouverner , je lui cachai ma pensée , moi qui l'avais habitué à lire jusqu'au fond de mon cœur. Je lui répondis donc qu'il fallait prendre le temps de réfléchir, que rien ne pressait , et lui laissai croire qu'en tous cas je serais du même avis que lui.
n Quelques jours après arrive celui qui devait nous imposer les mains. Je me cache. On s'empare de Basile, qui, ne sachant pas ce que j'avais fait , se courbe sous le joug , persuadé, d'après ma promesse, que j'allais suivre son