CHAPITRE IV
exemple , ou plutôt qu'il suivait le mien. Quelques-uns, en effet , parmi les assistants , le voyant exaspéré de la violence qu'on lui faisait , se mirent à dire tout haut qu'il était absurde , quand celui des deux qui passait pour le plus intraitable (c'est moi qu'ils désignaient) s'était soumis avec une modestie parfaite au jugement des Pères , que l'autre , plus modéré , plus sage , s'emportât , résistât , se montrât si opiniâtre et si orgueilleux.
» Il se rendit à ces paroles. Mais quand il sut que j'avais pris la fuite , il vint me trouver dans un profond abattement , et, s'étant assis près de moi, il essaya de me raconter la violence qu'il avait subie ; mais la douleur l'empêchait de parler, et les mots expiraient sur ses lèvres. Le voyant couvert de larmes et dans un grand trouble , moi , qui savais la cause de tout cela, j'éclatai de rire , et, prenant sa main, je voulus l'embrasser et rendre gloire à Dieu du succès de mon stratagème. A la vue de mon contentement, et comprenant que je l'avais trompé , sa douleur redoubla avec son indignation » . »
Jean répondit à Basile et s'efforça de justifier sa conduite. Le dialogue qui s'établit entre les deux amis est devenu sous la plume de Chrysostôme le Traité du sacerdoce, c'est-à-dire le plus estimé et certainement le plus beau de ses ouvrages.
Quand l'a-t-il écrit? D'après Socrate ^ , ce serait pendant son diaconat , ce qu'on ne peut guère admettre. Il est plus vraisemblable que ce fut sur la montagne , dans le silence et les loisirs de la solitude , assez près toutefois de l'événement qui en a fourni le thème , pour que l'impression en fût
1 Chrys. , de Sacerd, , 1. 1 , c. 3, aliàs 6.
^ Socr. , 1. 6» c. 3. Ce chapitre de rhistorien grec fourmille de fautes. Quoi de plus absurde, par exemple, que de prendre l'ami de Jean pour Basile de Césarée ! £t quel est ce Zénou qui confère à notre Saint Tordre d«9 lecteurs? etc. , etc.
i04 S. JEAN CHRYSOSTOME.
encore vive dans son esprit < . Mais s*il y a partage d'opinions quant à la date du livre , rien n'est unanime comme Tadmiration qu'il a inspirée. Nulle part peut-être tant d'élévation ne fut unie à tant de charme et de grâce. Ainsi que le porte son titre , cet immortel dialogue roule sur la dignité et la sainteté du sacerdoce. L'auteur en expose les devoirs , et il fait de Tévéque , selon l'Évangile , un tel portrait , que l'on comprend la terreur des plus saints devant le fardeau de l'épiscopat , et cette fiëre parole du grand évéque de Césarée à ce préfet impérial étonné d'une résistance qu'il n'avait jamais rencontrée , disait - il : « C'est que jamais vous n'avez rencontré d'évéque. »
« Tu n'aimes pas Jésus-Christ , disait Basile à son ami , puisque tu refuses de soigner son troupeau !
» — Je l'aime , répond Chrysostôme , et ne cesserai pas de l'aimer, mais je crains d'irriter celui que j'aime.... Oui, je crains , si je prenais le troupeau de Jésus-Christ , ce troupeau si vigoureux et si beau , que mon peu d'expérience ou ma lâcheté le faisant dépérir ne m'attirât la colère de celui qui Ta aimé jusqu'à se sacrifier lui-même pour sa rançon et son salut '^ . »
Et là-dessus, avec l'accent d'une humilité convaincue» il confesse à son ami ses faiblesses, ses passions, ses misères, toutes les infirmités d'une nature pour laquelle il demande grâce , et qu'il nous contraint d'admirer. Puis , il suit le pasteur pas à pas dans la carrière de ses travaux , à la tribune sacrée , au miUeu des pauvres , dans ses rapports avec
' Siilting croil que Touvrage fut composé de suite après Tordination de Basile. Un mot de Pallade, mais qui ne se trouve que dans une des traductions latines de ses Dialogues t autorise à penser que ce fut pendant le séjour de Jean au désert. Il est certain que c«tte composition n*est pas uu écrit de circonstance. Elle a été méditée sérieusement et soigneusement écrite. On concilie les deux opinions, en se rappelant que Jean s*enfait au désert dès la fin de 374, quelques mois après la pieuse discussion avec son ami.
2 Chvss., de Sacetd., l. 2,c. 3.