‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 54 sur 282 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

les viei^es et les veuves consacrées aux autels , dans l'administration des deniers de TÉglise et des fonds de la charité , dans le maniement des esprits et la direction des consciences, économe, docteur, médecin, juge, consolateur des affligés, dispensateur des pardons célestes , conseiller de toutes les situations depuis le pauvre esclave jusqu'à celui qui commande à de nombreux serviteurs, depuis la mère de famille jusqu'au magistrat chargé de fonctions publiques et difficiles, guide et modèle du saint troupeau aux yeux duquel il doit être l'image vivante et le continuateur de Jésus<!;hrist , ambassadeur des hommes auprès de Dieu, représentant de Dieu au miUeu des hommes, obligé de lutter sans cesse contre mille obstacles au-dehors, mille tentations au-dedans, affaibli par toute sorte de tempêtes et de périls , révoltes des sens, suggestion de la vaine gloire, défaillances du cœur, inconstance et caprice du peuple plus mobile que les flots de la mer et dont la fureur n'est pas moins redoutable que l'injustice. Est-il une mission plus haute et plus délicate, qui impose plus de sacrifices , rencontre plus de difficultés , s'accommode moins d'une vertu médiocre , exige un plus rare assemblage de prudence , de fermeté , de douceur, d'instruction , de dévouement , de courage , de pureté ?

« Il n'est pas possible que les défauts d'un évêque échappent aux regards; les plus petits même sont aussitôt mis au grand jour. Tant qu'un athlète se tient chez lui et ne se mesure avec personne , il peut cacher sa faiblesse et sa lâcheté ; mais à peine a-t-il quitté ses vêtements pour lutter dans l'arène, qu'il est aussitôt jugé : ainsi des hommes qui \ivent dans la retraite et le repos. Cette vie solitaire jette un voile sur leurs défauts. Mais sont-ils introduits dans le monde , ils sont forcés de quitter la solitude , comme s'ils quittaient leur manteau , et d'exposer leur âme nue aux regards de tous. Comme leurs vertus allument dans les fidèles une noble émulation , ainsi leurs vices éteignent dans

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les autres le zèle du bien , et leur lâcheté engendre la lâcheté. Il faut donc à lame du prêtre une beauté resplendissante , qui répande la lumière et la joie sur tous ceux qui le regardent. Les fautes des hommes vulgaires , commises pour ainsi dire dans Torabre , ne perdent que leurs auteurs ; mais le scandale d'un homme élevé au-dessus du peuple et connu de lui porte à tous un commun préjudice ; il encourage le péché des uns, il détourne les autres du bien. Les fautes des premiers auraient même de Téclat , qu'il n'en résulterait pour personne un grand mal. Mais ceux qui siègent au faîte du sacerdoce sont d'abord exposés à tous les regards, et , pour peu qu'ils s'oublient, les plus petites faiblesses sont regardées comme de grands crimes; car, généralement , ce n'est pas à la nature de l'action , mais au rang de celui qui pèche , qu'on mesure la grandeur du péché. Il est nécessaire qu'un zèle incessant , une grande vigilance sur lui-même , soient pour le prêtre comme une armure fortement trempée qui le protège tout entier, afin qu'on ne trouve pas en lui un seul endroit faible et découvert par où l'on puisse lui porter un coup mortel ; car autour de lui , et les ennemis déclarés , et ceux qui feignent d'être ses amis , tous sont prêts à le frapper et à l'abattre. Il faut donc choisir des âmes semblables aux corps de ces jeunes saints que la grâce divine garda intacts dans la fournaise de Babylone. Mais il s'agit d'un feu qui s'alimente , non de sarments, de poix ou déloupes , mais de matières plus inllammables. Ce feu non matériel, c'est l'envie qui enveloppe le prêtre de ses flammes dévorantes , qui sonde , qui pénètre sa vie tout entière. Oui , que l'envie trouve dans sa conduite le moindre brin de paille à saisir, elle s'y attache aussitôt, dévore cette partie défectueuse de l'édifice ; et tout le reste serait-il plus resplendissant que les rayons du soleil , elle le couvre d'une épaisse fumée < .

1 Chrys., de Saura,, l. 3, c. il , aliài 14.

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