CHAPITRE lY
» II faut à Tévéque , poursuit - il , beaucoup plus de pureté qu'au solitaire , parce qu'il est exposé nécessairement à plus d'occasions qui peuvent le souiller, s'il ne défend l'accès de son âme par une vigilance continuelle et une grande fermeté. En effet , la beauté du visage , la grâce des mouvements, une démarche étudiée, une voix douce, la peinture des yeux , le fard des joues , de belles tresses , des cheveux habilement teints, la somptuosité des vêtements , la variété des parures , leclat des pierreries , les parfums et tant d autres choses propres aux femmes , peuvent troubler le cœur, s'il n'est comme endurci par une austère chasteté. .. Souvent même, par des moyens tout contraires, le démon peut atteindre les âmes, et voilà une chose étonnante. Il en est (jui , après avoir évité les pièges (|ue je viens de signaler, ont été pris h d'autres tout-à-fait différents: ainsi, un visage négligé, des cheveux mal tenus, la pauvreté des vêtements, la simplicité des manières et du langage, le défaut de fortune et d'appui, le délaissement, après avoir incliné à la pitié le témoin de ces disgrâces , l'ont entraîné à la plus déplorable ruine * . . . . Chargé de tout le troupeau , le pasteur ne peut exclusivement s'occuper des hommes et négliger les femmes , dont la direction demande d'autant plus de sagesse que nous portons en nous l'inchnation au péché. Il faut les visiter dans leurs maladies, les consoler dans leurs afflictions, stimuler l'indolence des unes, aider la faiblesse des autres; et, pendant l'accomplissement même de ce devoir, l'ennemi trouve mille moyens de pénétrer dans le cœur si l'on ne fait une garde sévère. Le regard de la femme chaste n'est pas moins redoutable que celui de l'impudique. Les flatteries amollissent, les hommages asservissent, et la charité elle-même, source de tous les biens, devient la source de tous les
> Ibid.. ci, p. 422.
maax pour qui ne sait pas la pratiquer > . . . . Et non-seulement les hommages des femmes ont leur péril , ceux des hommes livrent celui qui les reçoit sans une grande fermeté d'âme , à deux maux opposés , la servilité de Tadulation et la foUe de Tarrogance ; car, forcé de ramper devant ceux qui le flattent, il se prévaut de leurs complaisances pour dédaigner ses inférieurs , et il est entraîné dans l'abyme d'un orgueil insolent ^ .
<> Pour être digne de son ministère , il ne lui suffit pas d'être pur, il faut encore beaucoup de savoir et d'expérience. Il faut connaître les choses de la vie humaine autant que ceux qui sont le plus mêlés au monde , et en être en même temps plus dégagé que les soUtaires qui se sont réfugiés sur les montagnes. Ayant des rapports nécessaires avec des hommes de toute condition , les uns engagés dans le mariage , les autres assis au pouvoir , ceux-ci nageant dans l'opulence, ceux-là chargés d'enfants, le prêtre a besoin d'une conduite variée , non qu'il doive être dissimulé ou flatteur ; mais , sans porter atteinte à l'indépendance de son caractère ni à la vérité , il faut qu'il sache se plier au besoin des circonstances , tantôt indulgent et tantôt sévère . Le même mode , en effet , ne convient pas pour gouverner tous les esprits , pas plus que les médecins ne prescrivent les mêmes remèdes à tous les malades , et que les pilotes n'opposent les mêmes manœuvres à tous les vents ^ . »
A propos de la direction des âmes , Ghrysostôme exalte en termes magnifiques le pouvoir donné au prêtre sur les consciences qu'il délie , qu'il guérit , qu'il absout. Nous citons d'autant plus volontiers ses belles paroles sur ce sujet , qu'elles jettent un jour désiré sur quelques passages obscurs de ses homélies, et qu'on y trouve un témoignage
> Chrys., de Sacerd,^ p. 428.
« im.. p. i23.
» Ibid.,\. 6. c. i.p. 425, t. 1.