CHAPITRE IV
un autre Daniel. Hier, Fépée nue, assis sur un tribunal dont tu faisais un brigandage , aujourd'hui modèle de mansuétude. Hier danseur efféminé et le plus habile à boire , aujourd'hui directeur des vierges et des épouses. Hier Simon le Magicien , aujourd'hui Simon Pierre < . »
Ces scandales déplorés par Chrysostôme , flagellés par Grégoire j cet envahissement de l'épiscopat par l'ambition et la cupidité , trouvaient une grande compensation dans les vertus éminentes du plus grand nombre des évoques. Jamais le diadème de l'Église ne resplendit de plus de lumière et de sainteté. Loin d'altérer ou d'obscurcir l'idéal chrétien , les passions ruées sur le sanctuaire , par les hautes protestations qu'elles inspiraient , faisaient mieux ressortir sa beauté divine. Les vapeurs condensées à l'horizon n'empochaient pas l'astre de briller au zénith et de remplir l'univers de ses feux.
Dans un Uvre sur le sacerdoce , Jean ne pouvait passer sous silence ce qui est l'un des plus grands moyens d'action et des devoirs les plus considérables du sacerdoce : je veux dire le ministère de la parole. Serait-il sans intérêt de rechercher comment cette question a été traitée par un homme qui devait être bientôt la gloire et le premier maître de la tribune sacrée ?
Il établit d'abord la nécessité pour l'évéque d'unir à une doctrine profonde un talent convenable d'exposition et d'enseignement. « Pour arriver à la guérison des maladies corporelles , les médecins ont des moyens divers. Nous j pour obtenir celle des âmes , nous n'en avons qu'un , l'instruction par la parole. Remèdes et régime, tout est là. Elle fait l'office du fer et du feu. Qu'elle soit inefficace , tout le reste n'est rien. Âurait-on le don des miracles, son secours serait nécessaire encore ^ . »
' Greg. Naz. , t. 2 , pp. 799 et f 01. ^ Chrys., de Sacerd,, 1. 4, c. 3«
us s. JEAN GflRYSOSTOME.
Mais , s'écrie son ami Basile en rinterrompant : « Si l'éloquence a tant de prix , pourquoi le bienheureux Paul l'shtril dédaignée? Pourquoi s'est-il fait gloire de son ignorance à cet égard?»
« Hélas ! répond Cbrysostôme , c'est là précisément ce qui a causé la ruine de plusieurs , en leur faisant négliger l'étude de la vraie doctrine. Incapables de s'élever à la hauteur des pensées de l'Apôtre , ni de saisir le sens véritable de ses paroles , ils ont passé leur vie entière dans la somnolence, attachés non pas à cette ignorance dont se vantait S. Paul j mais à celle dont nul homme sous les cieux ne fut plus éloigné que lui. Mais supposons le glorieux Apôtre aussi peu instruit dans l'art de parler qu'ils le disent , que s'ensuitil pour les hommes de notre temps? Paul, en effet, possédait une puissance supérieure à celle de la parole. Il n'avait qu'à se montrer, et, sans dire un mot, il faisait trembler les démons. Aujourd'hui tous les hommes réunis dans un même lieu se répandraient en prières et en larmes , ils n'auraient pas le pouvoir qu'avaient jadis les vêtements de Paul. Par ses prières, Paul ressuscitait les morts. Il faisait de tels prodiges , que les païens le prenaient pour un Dieu. Avant de quitter la terre , il mérita d'être ravi jusqu'au troisième ciel. Et les hommes de nos jours... mais je ne veux rien dire de blessant pour personne. Je suis étonné seulement qu'on se compare à un si grand homme. Que si nous mettions de côté ses miracles pour ne considérer que ses mœurs angéUques, nous verrions cet athlète du Christ triompher plus encore par elles que par les miracles. > Et, après quelques mots sur les vertus de l'Apôtre , sur son apostolat et sa charité : « Maintenant , poursuit-il , je prouverai que Paul ne fut pas un ignorant. Sans doute il n'est question ici ni du fini d'Isocrate , ni de la fierté de Démosthène , ni de la gravité de Thucydide , ni de l'élévation de Platon ; je fais grâce des ornements étudiés des auteurs profanes. Je ne