CHAPITRE rV. i
tiens ni à Télocution ni à l'action. Qa'on n'aille pas cependant, pour excuser sa propre négligence , ravir à cet illustre Saint lune de ses qualités les plus grandes. Et comment confondaitil les Juifs de Damas lorsqu'il n'avait pas encore commencé de faire des miracles? Comment terrassa-t-il les Hellènes? Pourquoi fut-il relégué à Tarse? N'est-ce pas pour avoir triomphé d'eux par la puissance de la parole ? N'est-ce pas pour les avoir pressés si vivement , que ceux-ci , indignés de leur défaite , s'acharnèrent à le faire mourir ? A Antioche , quel genre de combat livra-t-il , pour la défense de la vérité , à ceux qui voulaient judaïser? Et à Athènes , dans cette ville le foyer de la superstition , n'est-ce pas après avoir entendu une allocution de Paul qu'un membre de l'aréopage et sa femme quittèrent tout pour s'attacher à lui ? Que ne fit-il pas à Thessalonique, à Corinthe, à Éphèse, à Rome même? Il consacrait sans relâche les jours entiers et les nuits à l'interprétation des Écritures. Faut-il dire ses luttes avec les disciples d'Épicure et de Zenon? Si donc nous le voyons, soit avant d'opérer des miracles , soit lorsqu'il en opérait , faire an si grand usage de la force de la parole , comment aurait -on eu l'impudence de traiter d'ignorant celui qui excitait l'admiration de tous par ses controverses et par ses discours? Pourquoi les Lycaoniens le prirent-ils pour Mercure? Les miracles purent bien faire passer Paul et Barnabe pour des dieux : mais que Paul fût pris pour Mercure, ce n'est pas aux miracles, c'est à l'éloquence qu'il faut l'attribuer. Qu'est-ce qui a valu à ce bienheureux apôtre la gloire de son nom , qui vole de bouche en bouche par tout l'univers? N'est-ce pas la vertu divine de ses épîtres, où les fidèles de tous les temps ont puisé et puiseront comme à une source qui ne tarira point tant que le genre humain subsistera? Ses écrits sont comme un rempart indestructible qui entoure toutes les églises de l'univers. Lui, comme le plus vaillant des héros , il est encore debout au milieu d'elles.
enchatoant toute pensée aux pieds du Christ , abattant tout orgueil qui s'élève contre la science de Dieu. Et tout cela, il le fait par ces admirables épîtres qu'il nous a laissées et qui sont pleines de la divine sagesse. Les prenant pour guides, les chefs des églises enrichissent d'une beauté spirituelle cette chaste Vierge que Paul nous représente comme la fiancée de Jésus-Christ , repoussent les maux prêts à fondre sur elle, et lui conservent une santé inaltérable. Tels sont les remèdes que cet ignorant nous a légués , et telle est leur vertu démontrée par l'expérience. De tout ceci, concluons que Paul s'était sérieusement appliqué à l'étude de l'éloquence * . »
Après avoir détruit l'objection de son interlocuteur, après avoir établi , dans les chapitres suivants , qu'un évêque doit être profondément instruit de la doctrine pour la communiquer aux autres et porter remède aux controverses qui s'élèvent sur les dogmes 9, il insiste sur la nécessité de consacrer un grand travail au discours qu'on adresse au peuple du haut de la tribune sacrée . « La plupart des auditeurs , dit-il , viennent , non pas avec les dispositions des disciples à Tégard de leurs maîtres , mais comme des oisifs qui assistent aux représentations du théâtre ou aux luttes du cirque. On prend parti pour un orateur ou pour un autre , et l'on n'écoute que pour applaudir ou critiquer. Et ce n'est pas tout : s'il arrive à un prédicateur de faire entrer dans son discours des pensées d'autrui, il subit plus d'humiliations que le dernier des voleurs. Souvent même, quoiqu'il n'ait rien emprunté à personne , il suffit qu'on le soupçonne de ravoir fait , pour le traiter comme un homme surpris en flagrant délit de vol. Que dis-je? on ne lui permet pas même la fréquente répétition de ses propres idées. La foule des auditeurs cherche plutôt le plaisir de l'oreille que le salut de l'âme. Il faut donc un esprit élevé, qui puisse mettre
i Chrys., c. 4. aliàil.
3 /friJ.,c. 5 et 6.