CHAPITRE IV
un trayail réellement mauvais. Qae le talent soit lui-même le juge de ses productions , et ne s'arrête pas à l'opinion peu éclairée et peu sûre des autres.
» Ainsi celui qui a embrassé la mission d'enseigner dans l'Église , ne doit pas s'attacher aux suffrages de la multitude et tomber dans l'abattement s'ils lui manquent. Après avoir médité ses discours , pour plaire à Dieu , et c'est là le seul but de ses travaux , non les applaudissements et les éloges , s'il vient à être approuvé des hommes , qu'il ne repousse pas cette approbation ; si elle lui manque , qu'il y renonce sao^ se plaindre. Une assez grande consolation de ses peines, la plus grande de toutes , c'est la conscience de n'avoir employé son instruction , son talent , sa parole , qu'à entrer dans les vues de Dieu et à le glorifier ^ . »
Le livre du Sacerdoce , que ces citations déjà trop longues n'ont pu cependant faire connaître qu'imparfaitement , finit , comme il avait commencé , par une effusion d'humilité et d'amitié. Basile en pleurs dit à Chrysostôme :
« J'étais venu te demander la réponse à faire à tes accusateurs 9 et tu me congédies avec une autre préoccupation ; car ce qui m'inquiète à présent, ce n'est pas ce que je répondrai pour toi, mais ma propre justification devant Dieu. Je t'en conjure, si mes intérêts te touchent un peu, s'il est pour moi quelque consolation en Jésus-Christ , quelque reste de tendresse ou de pitié , . . tends-moi la main , aide-moi de ta parole et de ton exemple. Ne consens jamais à m'abandonner même un instant , et vivons ensemble, plus étroitement unis que dans le passé » . »
Jean lui répondit en souriant : « De quel secours serai-je pour toi dans cette foule immense de devoirs? Mais puisque tu attaches à cela quelque prix , ô ami bien-aimé ! prends courage , et tous les instants dont tu pourras disposer après
* Chrys. , dt Sacerd. , 1. 5 , c. 5.
a /6td.,l. 6, c. 10.
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les travaux d'un grand ministère , je les passerai près de toi ; je te soutiendrai de mes consolations ; mon dévouement ne te fera jamais défaut.
» A ces mots , poursuit Chrysostôme , il fondit en larmes et se leva. Et moi , Tembrassant et lui donnant un baiser au front, je l'accompagnai , et l'exhortai à supporter avec courage ce qui était arrivé. Oui , lui dis-je , j'ai la conûance en JésusrChrist , qui t'a lui-même appelé à la conduite de son troupeau, qu'en récompense de ton saint ministère, tu jouiras d'un assez grand crédit auprès de lui pour me sauver du péril au jour solennel de sa justice , et m'introduire avec toi dans sa demeure étemelle * ! •
Nobles amis ! Sainte amitié ! On en respire la fleur avec délices dans ces paroles embaumées d'une céleste charité. Chrysostôme s'est peint là , tel qu'il fut avec sa foi ardente , son humilité convaincue et profonde ; cœur aimant sous un visage sévère , austère chrétien et délicieux ami. On comprend qu'un tel homme dut être aimé , et que si son génie , ses vertus, sa haute loyauté, je dirai presque la noble imprudence de son caractère , lui suscitèrent des jaloux et des ennemis , il n'inspira jamais d'attachement médiocre. Ces âmes-là , quand une fois vous êtes entrés dans leur sphère d'attraction , vous enchaînent à elles à jamais : elles vous entraînent dans la vie , dans la mort , dans l'éternité.
Du reste , cet admirable traité sur le sacerdoce est trop célèbre pour qu'il soit utile d'en parler plus long-temps. Tous les siècles chrétiens ont souscrit à l'éloge qu'en a fait S. Isidore de Péluse, contemporain et disciple de Jean. Écrivant à l'un de ses amis : « Je t'envoie , lui dit-il , le livre que tu m'as demandé , et j'en attends pour toi le fruit qu'il produit pour tout le monde : sa lecture pénètre les âmes et les embrase du divin amour. Son but est de montrer le
' Chryi, , de Sacerd,, 1« 6, e. 10.