‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 65 sur 282 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Jean qnitte la ville et se retire au désert. •» Mouvement gi^néral & cette époque vers la solitude et la vie monastique. — Cénobites. — Organisation du monastère. — Charité des solitaires. — Travail réhabilité. — Résultats sociaux. — S. Antoine. — Anachorètes. — Pierre le Galate. — Zenon. — Eusèbe de Télédan. -^ Siméon l'Ancien. — Macédonius. -^ Hésitations de Chrysostôme. — Luttes intérieures. — Bonheur de la solitude. — Lettres sur la componction. — Providence. — Confession. — Peines éternelles.

Le but des évéques qui avaient imposé les mains à Basile n'était qu'à moitié rempli. Il est probable qu'ils firent de nouvelles instances auprès de Jean , et que le désir de s'y dérober fut pour beaucoup dans la détermination qu'il ne tarda pas à prendre. La terreur de l'épiscopat le poursuivant sans cesse , et le toit maternel ne lui offrant pas un asile assez sûr contre sa naissante renommée , il résolut de quitter la ville pour se faire oublier.

Sa mère, vaincue enfin par ses prières réitérées, et préparée de plus longue main au sacrifice , se résigna-t-elle à une séparation jusque-là redoutée, ou lui-même plus aguerri contre ses propres attendrissements , plus fort contre son cœur , eut-il le courage de résister aux supplications et aux larmes de sa mère ? Il est probable qu'elle était morte. Un historien l'affirmes et tout porte à croire qu'un fils aussi pieux ne délaissa pas la vieillesse vénérée d'une telle mère.

* Georg. Alex., in vitâ Sancti. Ce que dit Fleury, d*après Hermant, qu'elle vivait encore lors du départ de Jean pour Texil , est complètement erroné.

Cette mort, et l'exil prolongé de Mélèce, en laissant dans l'existence du jeune homme un vide plus grand , lui rendirent plus triste le séjour de la ville , et précipitèrent son départ. Il prit donc le chemin de la montagne , et se retira dans cette cité de la vertu *, comme il dit , toute pleine de sages , d'hommes intrépides , affranchis des passions d'icibas, exclusivement occupés de Dieu, comme Adam dans le paradis , ou comme les anges dans le ciel > .

Un grand mouvement se faisait alors dans le monde des âmes , sous la double impulsion du spiritualisme chrétien, et du spectacle de tristesse et de dégoût qu'offrait dans sa dissolution la vieille société romaine. Une immense tempête, tourbillonnant en rafales de sang, de flammes et de crimes, brisait , emportait toutes choses. Les houras des barbares , les acclamations du cirque , les chants de l'orgie , l'écroulement des cités , les horreurs de la guerre étrangère et de la guerre civile, les révolutions et les bassesses du palais et de l'armée , se mêlaient dans un affreux tumulte qu'aucune parole humaine ne pouvait dominer. L'empire s'affaissait dans la boue. La Providence détournait les yeux de cette agonie.

Un tel spectacle attristait profondément les esprits élevés et sérieux , et les poussait à chercher , loin de cette horrible anarchie , au fond du désert , au sommet des montagnes , la paix du monde spirituel , un abri solide , où ils pussent se reposer dans les délices du silence et de la pensée, de tant de bruit , d'agitation , de douleur , et se dérober la vue de cette immense ignominie. Quand tout à leurs pieds était ruine et déshonneur , leur regard s'élevait vers Dieu , centre de tous les êtres , source de toute vie , étemelle vérité , étemel amour, dont la beauté rayonnante remplit de splendeur et d'harmonie les régions supérieures où ne montent

> Chrys. , hom. 1t in Math, , t. 7, p. 705. * llnd,, p. 678.

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