‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 66 sur 282 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pas les passions des hommes. Pauvres passagers sur un esquif en perdition , ils avaient lutté quelques jours contre la tempête ; mais fatigués , découragés , convaincus de l'impuissance humaine à conjurer la catastrophe imminente, ils étaient heureux d'échapper à ces vagues souillées et à ces naufrages , et de s envoler sur les ailes de la foi vers ces hauteurs sereines, voisines du firmament, où ils se baignaient et se berçaient dans son éther lumineux et embaumé , n'entendant que la voix des anges dans la prière , ne respirant que le parfum des âmes unies à Dieu , fleurs immortelles du cieL

Ce serait mal apprécier ce grand mouvement que de l'attribuer tout entier à une cause purement humaine. Le noble désir, allumé par la grâce de Dieu dans une foule de cœurs , d'arriver à une pratique plus parfaite des vertus chrétiennes , de s'affranchir le plus possible des liens du monde et du poids de la chair pour suivre de plus près Jésus-Christ ; une aspiration ardente , presque irrésistible vers les choses saintes et éternelles , vers cette vie transcendante révélée à l'homme par l'Evangile ; un sublime besoin d'expier et de s'immoler, furent les premiers éléments du monachisme.

« il existe dans certains hommes , dit Mœlher, une qualité accordée de Dieu , en vertu de laquelle l'attrait vers ce qui est spirituel et divin est si fort, qu'ils ne s'attachent plus à ce qui est temporel et fini que par un jil extrêmement léger. La partie de leur nature qui est en rapport avec Dieu se met tellement en évidence , que la partie opposée disparaît dès cette vie. La vie de ces hommes est avec Jésus-Christ cachée en Dieu * . »

Jean fut de ce nombre. Il subit lentrainement de sa piété bien plus que l'influence de son siècle. Mais personne

< Mœlh. Aihan., I. i, vers la fin*

mieux que lui n'a décrit les travaux et les charmes de cette vie outre-nature ,* avant-port (le rétemité , où l'homme vicr torieux de la plupart des lois qui le courbent vers la terre voit s'ouvrir devant lui des horizons vastes et libres , seuls dignes de sa pensée qui s'y repose et s'y dilate , éblouie et attirée par les plus radieuses perspectives de rinfini. On dirait qu'il acquiert ainsi une autre organisation physique, d'autres conditions d'existence , un plus grand empire sur le monde et sur lui-même, et qu'il vit déjà de lumière, de vérité , d'amour, comme sous l'ère de la résurrection dans le royaume de Dieu « .

Les solitaires se levaient avant le soleil. Leur premier sentiment , leur première pensée , leur premier regard montait à Dieu. Debout, autour du Père, c'est à-dire du chef, le visage souriant, la conscience pure , le cœur plein d'une douce joie , ils entonnaient l'hymne des anges : Gloire à Dieu, paix aux hommes ! ou le cantique de David : // est bon de louer le Seigneur et de chanter votre nom , à Dieu Très-Haut l 11 ett bon de célébrer votre miséricorde durant le jour et votre vérité durant la nuit. Vos merveilles m* ont pénétré de joie, et fai tressailli devant l'œuvre de vos mains. Qu'elles sont magnifiques vos œuvres, ô fnon Dieu! que vos pensées sont profondes 2 / Puis ils fléchissaient le genou , appelant les pardons et les bontés du Ciel sur tous les hommes , implorant pour eux la grâce d'honorer Dieu par une vi^ sainte et de n'être pas exclus de ses miséricordes au dernier jour 3 .

La prière durait ainsi jusqu'au lever du soleil ; après quoi , chacun allait au travail ^ ; car aux champs ou dans les cellules tout le monde travaillait , les plus âgés comme

< Chrys., t. 7, p. 67i et p. G93 ; t. il, p. 630.

2 Pb. 91.

3 Chrys., t. 7. p. 674 ; t. tl, p. 680.

4 Ibid.

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