‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 67 sur 282 · CHAPITRE V. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. i

les plas jeunes * . On mesurait à Tamour du travail le progrès dans la vertu. Ceux-ci bêchaient la tA're y semaient les légumes , arrosaient les plantes , greffaient les arbres ^ ; ceux-là tressaient des nattes et des corbeilles de jonc , fabriquaient des éventails de palmier, des voiles de navire, de grossières étoffes de poil de chameau ^ ; d'autres sciaient le bois , charriaient l'eau , servaient les malades et les voyageurs * , copiaient les manuscrits * ; quelques-uns étudiaient les saints livres « . Quiconque eût parlé de suppléer au travail par la prière eût été traité de Massalien et d'hérétique. Le mot de S. Hilarion à son corps était proverbial parmi eux : « Si tu ne veux pas travailler, tu ne mangeras pas , et si tu manges présentement , ce n'est que pour mieux travailler. »

Le jour était partagé en quatre 4)arties , qu'ils désignaient sous les noms de tierce, sexte, none et vêpres t. Chacune commençait par le chant d'un hymne ou d'un psaume, et ainsi les saints cantiques ^ se mêlaient à tous les travaux, et le désert ressemblait à un temple où la louange de Dieu ne se tait jamais.

Au milieu des cellules éparses par groupes dans le vallon ou sur les flancs de la montagne , s élevait la modeste éghse où , deux fois le jour, les tribus réunies venaient se retremper et se rafraîchir à l'ombre du sanctuaire ». Le dimanche et le samedi, on y célébrait les saints mystères, et les

1 Chrys., hom. 8 in Math., t. 7, p. 127.

2 S. Hier., ep. ad Rust., t. 4, ait. part., p. 773 et p. 45. — Chrys., t 7, p. 706.

• S. Hier., ihid. — Chrys., ibid.

* Chrys , ibid.^ p. 705.

i Chrys., t. 11, p. 630. — Hier., ibid,

8 Chrys., l. 11 , loc. cit. — Hier., loc. cit., p. 46.

' Chrys., 1. 11, p. 631.

• Ibid.

* A Nitrie Téglise était desservie par huit prêtres. 11 y avait quatre églises dans le désert de Scétis.

frères , déposant la ceinture et le manteau , le sourire des anges sur les lèvres , recevaient la manne des âmes tombée pour eux au désert. Quelquefois aussi le sacrifice spirituel était offert pour les morts. Le jour du Seigneur se passait tout entier dans la lecture et la prière > ; mais , ce jour excepté , et à part les quelques moments accordés aux besoins du cœur ou aux exigences du corps , le travail ne cessait pas. Le monastère était une manufacture chrétienne où chacun avait sa fonction et sa place dans un ordre parfait. Une sage organisation par tribus et décades avait écarté à la fois les périls d'une sohtude extrême et la confusion des rassemblements nombreux. Un décurion veillait sur neuf moines ; un centurion sur dix décuries ; un supérieur, qui portait le nom de Père y sur tout le désert. Au travail, comme au repas, on allait par décuries. Le décurion distribuait et réglait le travail , encourageait ou réprimandait les travailleurs , et chaque soir rendait compte à l'économe , qui lui-même , tous les mois , rendait compte avec la plus grande exactitude au supérieur ou au Père «. Chaque chef de section répondait de la famille confiée à ses soins , y maintenait jour et nuit Tordre et la règle , et pour chacun de ses membres était un guide , un consolateur, un ami. La charité la plus parfaite unissait les subordonnés aux chefs , et, la pensée de Dieu vivifiant le travail, le travail nourrissait dans les âmes la pensée de Dieu.

Les solitaires ne portaient que des vêtements grossiers à la façon d'Élie ou de Jean '. Le lien, le mien, «cette froide parole, » dit Chrysostôme, leur était inc>onnu<. Ils ne possédaient rien , si ce n'est en commun. Une fraternité touchante , une mutuelle prévenance confondaient dans une

1 Hier., ihid,, p. i6.

3 /d., ibid., p. 45.

> Chrys., i. 1, p. 59; t. 7, p. 674.

4 Chrys., 1. 1, p. 94, et t. 7, p. 705.

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