‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 68 sur 282 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

parfaite égalité les esprits divers. Même pauvreté , môme obéissance. Au fond, nul ne commandait , tous se dévouaient. Pas le moindre vestige d'orgueil : chacun se regardait comme inférieur à son frère ; c'était à qui s'occuperait des offices les plus bas et les plus pénibles , à qui se montrerait plus humble et plus charitable * . Quelque nom qu'il eût porté dans le monde , quelque rôle qu'il y eût joué , chacun devenait à son tour et par semaine ^ le serviteur de sa décurie , coupait le bois , portait l'eau , soignait les malades , lavait les pieds des étrangers ^ ; car ces hommes , si rudes pour eux-mêmes , exerçaient admirablement l'hospitaUté. La vénération du peuple leur attribuait le don des miracles et le pouvoir de guérir toutes les maladies ; aussi leur amenait-on de loin les infirmes, les estropiés, les incurables; du moins ils les consolaient et les bénissaient. Le monastère était l'infirmerie universelle de la contrée , l'asile aimé de toutes les souffrances de l'âme et du corps ^.

Habituellement les ascètes ne mangeaient que le soir après le coucher du soleil ^ , et rien n'était frugal comme leur repas. L'eau d'une source pure désaltérait leur soif; le pain gagné par le travail apaisait leur faim. Un peu d'huile et quelques fruits , ajoutés au pain , étaient le régal des fêtes ^ . Aux infirmes , aux vieillards , aux hommes trop jeunes, aux tempéraments délicats, on concédait l'usage des légumes frais et d'un peu de vin 7. Souvent, comme Jésus au banquet qu'il donna dans le désert , ils s'asseyaient sur l'herbe pour prendre leur nourriture , sans autre voûte sur leur tête que celle du ciel , sans autre lampe pour leur

« Chrys., l. 7. p. 705.

*' Hier., ibid., p. 45.

3 W., ibid, — Chrys., t. 7, p. 705.

* Chrys., t. 1, p. 132; t. 7, p. 706.

* Chrys., t. 7, p. 560.

6 Chrys., i. 7, p. 684 et 692, et t. 11, p. 631.

7 Hier., Und,, p. 45»

table que la lune « , sans autre diversion au silence religieusement gardé que le chant des oiseaux , le bruit des cascades et le murmure du vent dans les arbres «. Et cependant la vie de ces hommes se prolongeait calme et sereine , comme un beau jour d'automne , jusqu'à la plus extrême vieillesse. Nul besoin de médecin parmi eux 3. La plupart des maladies qui sont l'apanage des gens du monde , leur étaient inconnues ; et l'on eût dit qu'un reflet de cette vie future , où leur pensée plongeait sans cesse , en se répandant sur leur âme , communiquait à leur organisme même une immortelle jeunesse * .

Le repas du soir finissait par cet hymne que Chrysostôme nous a conservé : « Béni soit le Dieu qui a pris soin de moi dès ma jeunesse , et donne à toute chair sa nourriture ! Remplissez notre cœur d'allégresse , afin que , forts de votre grâce , nous abondions en toute bonne œuvre en Jésus-Christ, notre Seigneur, à qui la gloire , l'honneur, l'empire , dans tous les siècles. Amen! Gloire à vous, ô Seigneur! Gloire à vous, ô Saint! Gloire à vous, ô Roi! qui nous donnez notre pain dans une joie pure . Donnez-nous aussi votre esprit , pour qu'à vos yeux , nous trouvions grâce quand vous viendrez nous juger « !» Le chant cessait : l'un prenait Isaïe , l'autre S. Paul : ils s'entretenaient avec ces grandes âmes, cueillant sans effort, dit Chrysostôme , le miel déhcieux de ces fleurs divines «. Quelques-uns conversaient entre eux , et se communiquaient l'un l'autre les impressions du jour. On laissait éclater l'admiration longtemps contenue pour les œuvres du Créateur en présence de cette nature si grande , sous un ciel si splendide , au

« Chrys., l. 7, p. 684.

2 Chrys., t. 7; p. 706.

s Chrys., t. H, p 632. — Sozom., 1. 6, c. 3i.

4 Duffieu, Nature et Tirginité, p. 393.

* Chrys., hom. 55 in Math,, t. 7, p. 561.

> Ibid.y hom, 68 , p. 676.

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