CHAPITRE V
milieu de ce recueillement si profond * . On philosophait doucement sur Dieu, sur le monde , sur les choses visibles et invisibles , sur la vileté de la vie présente , sur la grandeur de la vie future ^ . C'était une assemblée de sages , délibérant, entre le ciel et la terre, des plus hauts intérêts de Thumanilé ; hommes surhumains , ressuscites , pour ainsi dire, avant d'être morts, et plus semblables aux habitants de rétemité qu'à ceux du temps 3 ; fantômes vénérables , enveloppés d'une vapeur lumineuse , et prêts à s'évanouir dans le dernier rayon du soleil qui éclairait ces nobles visages transfigurés et ces grandes scènes de la nature.
La journée finissait , comme elle avait commencé , par un chant sacré * , peut-être l'hymne du soir des premiers chrétiens : « Lumière joyeuse de la sainte gloire du Père . immortel, cél^te, saint, bienheureux, ù Jésus-Christ! Venus ici au coucher du soleil , en contemplant les clartés du soir, nous célébrons le Père , et le Fils , et le Saint-Esprit de Dieu *. » D'écho en écho, de montagne en montagne , la nuit disait à la nuit ces belles paroles ; puis tout redevenait silence. Les pères se couchaient tous vêtus sur une natte étendue à terre « , et dormaient quelques heures d'un sommeil léger ^ , jusqu'à ce que le premier chant du coq , le premier souffle de l'aurore , vînt réveiller l'hymne assoupi sur leurs lèvres. Chaque jour était une nouvelle strophe de cet hymne d'amour (}ue l'éternité seule doit achever. Ils l'entonnaient dès le matin », reprenant chaque fois avec une ardeur plus grande leur obscure et noble
1 Chrys., hom, 68, p. 676.
2 /6k/., et p. 685.
9 Clir>s., ibid., p. 685 et 693.
* ///fd., t. 11, p. 63t.
i Cruice, Histoire de Tëglise de Rome, p. 76
6 Chrys., t. li, p. 629, 630, 631.
7 Cliôs., t. 7, p. 564 et 693.
8 Chrys., t. il, p. 630.
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mission , la plus noble que rhomme ait reçue ici-bas , celle de bénir Dieu au nom de la création . de Tinvoquer au nom de l'espèce humaine, de l'adorer, deie prier pour ceux qui oublient de le prier et de Tadorer, et de s'offrir à sa justice , comme les hosties émissaires de tous les péchés et la propitiation du monde.
Cette vie plus que sobre était loin d'absorber le produit de leurs travaux. Le superflu d'un si strict nécessaire appartenait aux malheureux i . On ne travaillait pas seulement pour subjuguer le corps, mais pour exercer la charité 2. «Les moines, disait S. Pacôme, ne sont faits que pour secourir leurs frères 3 », et cette parole était la règle de leur . conduite. On eût dit qu'ils se regardaient comme les fermiers des pauvres : admirables fermiers qui se refusaient tout à euxmêmes , et , avec une persévérance héroïque , défrichaient le désert , fécondaient les rochers , pour créer des revenus à des hommes qui n'avaient rien. Le pauvre était accueilli chez eux comme un ami , presque comme un maître ; on l'entourait de soins affectueux ; on se disputait l'honneur de le servir, de préparer sa couche , de veiller près de lui s'il était malade. Le monastère était aussi l'asile des orphelins. «Nous approuvons, disait S.Basile, qu'on y reçoive les enfants dès leur première jeunesse , afin que nous prenions sous notre conduite ceux qui ont perdu leurs parents , et que, selon l'ardente charité de Job, nous devenions les pères des orphelins. 11 faut les élever, poursuit-il, avec toute sorte de charité, comme les enfants de la famille religieuse * . »
Ainsi, la pénitence volontaire dans la vie monastique
I Chrys., hom. 8 in Math,, t. 7, p. 127, Ai hom 68, p. 675. — S. Âug., de Morib, EccL, t. 1 , oper,, p. 711. — Alhan., vit. Anton., n. il. ^ S. Bas., Reg, fus. tract., interrog. 37. « Tillem., Mem., l. 7, p. 192-205.
^ S. Bas., Reg. fm. tract, » interrog. 15.