CHAPITRE V. t
d'abnégation et de sacrifice , avec ces deux mots incessamment répétés à Toreilie du riche et du pauvre : Eocpiez vos péchés ; aimez-vous les uns les auîres , comme JémsrChriU vous a aimés ; voilà , dis-je , comment le Christianisme changeait peu à peu la face du monde , et jetait au sein de l'humanité de nouveaux principes vivificateurs.
L'Egypte avait vu la première explosion de l'esprit monastique. « Cette terre, qui fut, dit Chrysostôme, la patrie et la mère des poètes , des philosophes , des magiciens , qui inventa ou propagea tous les genres de prestiges et de tromperies, en donnant asile à Jésus fugitif, avait contracté avec lui une espèce d'intimité qui la rendit plus docile à la voix de ses apôtres , plus prompte à se pénétrer de son esprit » .» Avec une rapidité merveilleuse, l'exemple de S. Antoine alluma dans une foule d'âmes le désir de tout quitter pour s'agréger à son célesie institut « . Bientôt « les montagnes se couvrirent de monastères tout remplis de chœurs divins, qui chantaient , étudiaient , priaient , se réjouissaient dans l'espérance des choses futures, cherchaient dans le travail une source d'aumônes. La concorde et la charité régnaient parmi eux : on eût dit un monde à part habité par la justice et la piété ». » « Là , dans ce désert plus beau que le paradis , vous ne voyez que des milliers d'anges sous une forme humaine , des peuples de martyrs , des réunions de vierges , et le règne de Jésus- Christ dans toute sa splendeur. Là, les femmes disputent aux hommes la palme de la sagesse et de Théroïsme , et la pureté de la foi est égale à la sainteté des mœurs. Le ciel étincelant d'étoiles frappe moins mon regard que cette solitude d'Egypte avec ses innombrables cellules de religieux. Débarrassés des sollicitudes de la vie présente , crucifiés au monde , ils tra-
1 Chrys., hom. 8 in Math., t. 7, p. 126.
'^ Atban., in vit, S. Ant.' n 14. — Chrys , ibid.y p. 128.
' Athan., m vit, 5. Ant., n. 44.
vaillent avec ardeur pour subvenir aux besoins des pauvres ; car, parce qu'ils veillent et jeûnent, ils ne s'abandonnent pas pour cela à Foisiveté ; mais après avoir consacré la nuit aux hymnes , ils passent le jour dans la prière et le travail des mains i . » « A la vue d'une organisation si admirable , ajoute S. Athanase , on ne peut que s'écrier : Que vos pavillons sont beaux, ô Jacob! Que vos lentes sont belles, 0 Israël! Elles sont comme des vallées couvertes de grands arbres, comme des tentes que le Seigneur même a affermies, comme des cèdres plantés sur le bord des eaux ^ . »
L'histoire de S. Antoine , écrite par S. Athanase , et rapidement propagée, répandit au loin dans tout le monde chrétien l'idée et le désir de cette vie merveilleuse. La Palestine se peupla de monastères. La Syrie devint une seconde Thébaïde. Le Liban et l'anti-Liban , l'Amanus qui sépare la Syrie de la Cilicie , le Casius qui domine Antioche du côté du midi et que les anciens appelaient aussi le mont du soleil , parce que le grand astre, d'après eux, y était visible trois heures avant de se montrer à l'horizon de la plaine ^ , le Télamissus , dont les bras allongés , couverts de lauriers, de myrtes, de térébinthes, enceignaient de leur vaste croissant une plaine superbe , où de nombreuses villas et une admirable végétation rivalisaient de splendeur et de luxe : tout cela était couvert de cellules , dit Chrysostôme *, et, suivant l'expression de Théodoret, émaillé, comme uneprairie, de fleurs célestes ».
En dehors des cénobites et de la loi du monastère , on comptait, aux environs d' Antioche , un grand nombre
> Chrys., hom, 8 in Maih,, p. 126 et 127.
2 Num. 2,4. 5, 6.
s Amn Marc. , i. 22 , n» li. — L*empereur Adrien passa une nuit sur le Casius pour voir le lever du soleil. Julien » avant son expédition de Perse, vint y offrir des sacrifices.
* Chrys., t. 7, p. 382.
& Theod., hiiL, l.i, c. 28.