‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 72 sur 282 · CHAPITRE V. i4i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. i4i

d'anachorètes. Ces hommes à part avaient poussé la guerre contre les sens à un degré difficile à comprendre. Une cabane , une grotte , une tombe vide , comme il en existait beaucoup sur les flancs du Casius, un ravin, une fissure dans le marbre de la montagne, leur servaient d'asile. Un gros cilice et un pauvre manteau , appelé sisyra, étaient leur seul vêtement. Ils couchaient sur la paille, souvent sur la terre nue , chargeaient leur corps de chaînes de fer, mangeaient et dormaient à peine , et Ton eût dit qu'il n'y avait ni austérité ni supplice qui pût assouvir leur étrange soif de souffrir et d'expier « . Toutefois , rien n'était moins stérile pour la cause de l'Évangile et le salut de l'humanité , que ces actes extraordinaires qui , aux yeux du monde , faisaient ressembler leur vertu à la folie. Le spectacle d'hommes si détachés des intérêts d'ici-bas, morts aux plaisirs et aux passions , d'une vie si pure , d'un calme si imposant , qui portaient sur leur front pâle un visible reflet du ciel , faisait toujours sur les foules une grande et sainte impression. Ils allaient dans les villages, où régnait encore Tidolâtrie , parler de Jésus-Christ et de son royaume. Mal accueillis souvent, repoussés quelquefois , ils finissaient par vaincre , à force de douceur et d'humilité, les résistances les plus opiniâtres. Il y a tant de force dans l'oubli de soi-même ! C'est là ce qui rendait leurs discours si puissants. Grâce à eux, le Christianisme s'établit dans des contrées jusque-là rebelles 2.

Parmi les hôtes pieux de la montagne , au milieu desquels vint s'abriter le fils d'Anthusa, on comptait alors Pierre le Galate , Macédonius leCrilhophage, Romain, Sévère, Zenon, Eusèbe de Téledan, Malchus, Aphraate , et une foule d'autres dont les noms , ignorés des hommes , sont connus de Dieu 3 .

« Chrys., t. 3. p. 267, n. •.

^ Sozoïn., 1. 6, c. 3i.

s Theod., l.i, c. 28.

Pierre était venu de Galatie en Palestine pour voir les lieux , dit Théodoret , oh le Sauveur a souffert , et repaître ses yeux de vestiges adorés. « Car, poursuit le pieux narrateur, c'est le propre de ceux qui aiment de se plaire dans la vue , non-seulement de Fobjet aimé , mais de toutes les choses qui lui ont appartenu ou servi , telles que sa maison , ses vêtements , sa chaussure . Pierre , comme l'épouse des Cantiques atteinte de la blessure d'amour, poursuivait l'ombre même de son bien-aimé ; il voulait voir la source d'où le salut avait jailli sur le monde ^ » Sa piété satisfaite, il vint à Antioche et se fixa sur la montagne. Ayant avisé là un sépulcre vide , élevé sur un grand socle et auquel on ne pouvait arriver qu'au moyen d'une échelle , il l'adopta pour sa demeure. Il ne mangeait que tous les deux jours; un peu de pain et d'eau composait son repas. Il possédait le don des miracles : l'imposition de ses mains , le simple contact de ses vêtements guérissait les malades. Aussi le piédestal de cet autre stylite était-il sans cesse entouré. On venait de tous côtés réclamer sa bénédiction , et il profitait de cet empressement populaire pour parler de Dieu et prêcher son amour. La plate-forme de son sépulcre était sa tribune : ses discours roulaient sur l'observation de la justice , sur le crime de l'usure , sur les égarements de l'orgueil et l'abus des richesses , sur le devoir de l'aumône et la charité , sur l'obUgation de songer au bonheur des autres en songeant à soi-même. Sa parole, qui venait du cœur, remuait les cœurs. On ne l'entendait pas sans se sentir entraîné à aimer la vertu , à détester le vice. Une femme jeune et pieuse , la mère de Théodoret , vint un jour au pied de cette étrange demeure demander une grâce à l'homme de Dieu ; elle était vêtue de soie, parée et fardée suivant l'usage du temps; car, ajoute son fils , elle n'avait pas encore atteini la per-

^ Theod., vt^ pat, c. 0.

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